(2021)
Langue d’origine : Français
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce essai :
Elle-même survivante des violences sexuelles, Mukanire Bandalire fait un état des lieux accablant de la culture du viol avec mutilation génitale qui s’est installée en République Démocratique du Congo depuis la guerre, et dont le résultat est un nombre incalculable des femmes traumatisées à vie.
Résilience face au viol :
L’autrice retrace, en à peine 76 pages d’essai, l’affreux bilan de plusieurs années de violences sexuelles perpétrées contre des femmes, et témoigne avec beaucoup des cas concrets tout le calvaire et les terribles conséquences psychologiques et physiques qui subissent ; la violence pure de beaucoup de ces viols laissera des traces indélébiles, des terribles cicatrices, des blessures et des mutilations génitales. En plus du traumatisme du viol et de ses conséquences, la plupart des femmes devront affronter après l’abandon, la honte, l’ostracisation, et les accusations. Dans un épouvantable retournement, aux yeux de la société patriarcale, la victime devient coupable de son propre viol. Les commentaires dérogatoires vont les accompagner toute leur vie, et le drame des enfants issues de ces viols ne va faire que rallonger le traumatisme pendant des décennies. C’est de milliers et de milliers de vies foutues en l’air dont ce petit livre nous parle.
J’insiste, c’est très dur comme récit. Si le viol est un sujet trop difficile pour vous, je recommande d’arrêter tout de suite. L’autrice expose dans le premier tiers du livre les raisons historiques qui, notamment à partir des années 90, ont mené la République Démocratique du Congo vers un conflit terrible et l’ont fait sombrer dans l’abime la guerre. C’est didactique mais sans aucune prise de position, simplement un prélude au vrai sujet qui se déroule dans les deux tiers suivants. Dans un deuxième temps elle s’attache à expliquer l’inexplicable : comment toute cette violence latente s’est exprimée par des milliers de viols, souvent en plein air à la lumière du jour, fréquemment accompagnés de mutilations génitales. La dernière partie de l’essai sera consacrée aux conséquences, traumatismes et blessures, et au silence auquel sont condamnées la plupart des victimes, victimes à nouveau, cette fois de l’exclusion sociale.
Lire un essai comme celui-là produit l’écœurement, tellement choquant et dur est le contenu. Et c’est la réalité de ce qui se passait (et se passe encore) au Congo et malheureusement dans beaucoup d’autres pays du monde, où les hommes profitent du désastre de la guerre pour libérer ses plus bas et abjects instincts. J’ai la honte d’être mec dans un monde où des telles barbaries sont possibles. C’est cauchemardesque au plus haut point. Vraiment pas pour les cœurs faibles.
Même si d’un point de vue strictement littéraire le récit ne va plus loin que ce qu’il raconte, le contenu en soi est déjà beaucoup trop fort comme pour demander quoique ce soit de plus. Présenté d’une façon directe et factuel, ‘Au-delà de nos larmes’ est une œuvre engagée et importante.
L’essai est préfacé par le Gynécologue Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018, surnommé ‘l’homme qui répare les femmes’. Mukwege travailla inlassablement dans l’hôpital de Panzi, qu’il fonda lui-même à Bukavu, dans la reconstruction physique et psychologique de ces femmes victimes de l’insoutenable. Traité comme un ange par beaucoup des femmes citées dans le récit, sa présence et l’influence bienfaitrice de son travail semblent s’étendre sur la narration, au point d’incarner un des épars points de lumière auquel ces femmes peuvent s’accrocher, au-delà de leur propre résilience, véritable et ultime sujet de l’essai.
Citations :
« Dans ce pays des milliers de Femmes ont survécu à leurs viols, toutes ces Sarah ont vécu des choses pires que tout ce qu’elles auraient pu imaginer. La majorité d’entre elles vivent dans un silence absolu. Dans ce silence, elles cachent leurs humiliations, maladie peut-être pire encore que leur traumatisme. »
« (…) la majorité des membres de sa communauté, parents, mari, frères, sœurs, voisins, traitent ces femmes comme si elles étaient folles, menteuses ou comme un objet de honte pour la famille. Elles ont envie de fuir leur propre vie. Elles se sentent étrangères dans leur propre peau. Elles sont coupables à la place de leurs agresseurs, de leurs violeurs. »








0 Comments