Inventaire non académique de romans du monde publiés depuis 1800, sans spoilers

Littérature des 5 continents : AfriqueÉrythrée

Black Foam

Haji Jaber

(رغوة سوداء , 2018)
Traduction : Pas connue. Langue d’origine : Arabe
⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Érythrée, début des années 90. Dawoud, a participé à la guerre d’Indépendence de l’Érythrée de l’Éthiopie, mais il veut quitter son pays pour fuir un passé trouble, et entame un complexe parcours qui le mènera de l’Érythrée au nord de l’Éthiopie, puis au Israël. Pour ce faire, il devra s’assimiler à la communauté Beta Israël, des juifs d’Éthiopie qui seront rapatriés en Israël. Ce parcours sera rempli de faux semblants, des dangers, des humiliations et d’une énorme crise d’identité.

À la recherche de mon vrai moi :

Le sujet du récit est sans doute l’appartenance et la quête d’identité, une quête qui se construit au fur et à mesure des multiples incarnations de Daoud, qui essaie par tous les moyens de survivre, changeant au passage de prénom, de religion, de nationalité ou du passé. Daoud racontera mille mensonges, se réinventera plusieurs fois et n’hésitera pas à assumer ces supercheries qui le permettront d’avancer dans son projet de survie. Cet homme-caméléon sera tour à tour Daoud, Adal, David ou Dawit selon l’endroit et l’entourage. Il fera semblant en permanence d’être quelqu’un d’autre, mais c’est justement dans cette quête désespérée qu’il pourra peut-être trouver qui il est vraiment.

Le roman mêle dans sa narration des nombreux évènements historiques qui ont façonnée l’histoire de l’Érythrée, de l’Éthiopie et de l’Israël. En 1993, après une longue et éprouvante guerre, l’Érythrée réussi à gagner son indépendance (même si le traité officiel ne sera pas signé jusqu’à en 2018). Mais des débuts des années 90, pendant l’opération Salomon, beaucoup des juifs Falasha (Ou plutôt Beta Israël, terme moins péjoratif) seront rapatriés par des dizaines de milliers en Israël. Ils ont habité depuis des siècles en Éthiopie, mais ils souhaitent quitter les conflits de l’Afrique de l’Est, récupérer les fondements de la foi juive, et rentrer en Israël. Ces personnes seront discriminées de tous les côtés. Pas vraiment considérés comme des africains, et pas non plus acceptés comme des vrais juifs en Israël, ils ne seront ni d’ici ni d’ailleurs.

C’est donc l’histoire d’un homme qui ne trouve pas sa place, car son appartenance aux juifs Falasha est aussi une supercherie. La narration saute en avant et en arrière dans le temps d’un pays à l’autre et d’un chapitre à l’autre. C’est souvent un peu confus, mais peu à peu le puzzle qui construit sa personnalité se forme et le lecteur se situe. Chacune de ses identités et prénoms correspond avec relative clarté à un période ou un autre.

Black Foam’ est le titre de la traduction anglaise, on ne dispose pas encore d’une version française de ce texte. Le roman est intéressant par sa narration et fascinant par sa thématique mais par moments il est trop chaotique et pas assez structuré.


Citation :

« Il voulait leur demander par son identité, savoir si son prénom était Dawoud ou David ou Dawit. Il voulait demander par sa religion, savoir s’il était Musulman, Chrétien ou Juif. Aussi par sa nationalité, savoir s’il était Érythréen, Éthiopien, Israélite ou Palestinien. » (Traduction improvisée)

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