(2025)
Langue d’origine : Français
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman autobiographique :
Prise en flagrant délit de fumer à la fenêtre de sa chambre, la jeune Rim, dix-sept ans, est grondée de façon autoritaire par sa mère. Le conflit s’envenime et la mère perd le contrôle, frappant violemment la fille à plusieurs reprises, cette dernière s’enfuit et se réfugie chez sa tante, une femme plus moderne et compatissante. Mais cette fuite alerte toute la famille mettant en route un mécanisme social complexe. Pour pouvoir résoudre la situation, la mère demande à la fille un test de virginité. Face à cette humiliation la jeune Rim voit son monde s’écrouler.
La vie d’une jeune adolescente face à les tyrannies du patriarcat :
Première roman de la poétesse Rim Battal, ‘Je me regarderais dans les yeux’ est un roman à forte base autobiographique, puissant et très engagé. Le récit s’ouvre chez le gynécologue avec notre protagoniste en attente pour faire un test de virginité. Cette entrée dans le vif du récit et du conflit intérieur du roman, est à mon sens un parti pris très réussi. À partir de ce moment traumatique, la narration revient en arrière pour expliquer ce qui a mené notre protagoniste jusqu’à cette situation, alors qu’elle n’a fait que fumer une cigarette en cachette.
Accusé de moral légère, présumée coupable, obligée de se justifier alors même qu’elle n’a rien fait, l’humiliation du test provoque chez la jeune femme un déclic, une révélation sur l’injustice d’un système qui, avec l’excuse de respecter les traditions, sommet la femme et lui enlève toute idée de liberté et de justice. La petite recherche de liberté de l’enfant deviendra alors chez la jeune femme un moteur de rébellion. Cette prise de conscience qui entraine la perte d’innocence de notre protagoniste, est la clé de la narration.
L’œuvre se positionne donc clairement contre l’effet nocif du patriarcat dans un monde en pleine évolution. Le point de vue est clairement féministe, mais malgré cela et les durs sujets évoqués, il n’y a pas des leçons morales ni des vrais méchants. Même la mère, pourtant l’antagoniste principale du récit, sera aussi victime du système, abusée à son tour dans un mariage arrangé, ne sachant faire mieux qui perpétuer les déboires du patriarcat. À mon avis, la réflexion morale est sobre et réfléchie. Dans les propres mots de l’écrivaine : « Le corps de la femme est un territoire colonisé : par la religion, la société, la publicité, la tradition, la superstition ».
C’est un récit court et épuré, qui se lit très aisément, grâce à son écriture fraiche et dynamique, la sensibilité avec laquelle le thème central est abordée, et par l’habilité de l’autrice à ficeler la structure du roman, imbriquant solidement les séquences dans le temps. Magnifique en toute simplicité. Écrivaine totalement à suivre.
Citation :
« À l’exception rare, extrêmement rare, des jeunes filles ayant des parents progressistes, comme ma tante, ou des mères qui se dévouent pour les couvrir et leur offrir une bulle de liberté avant ces mariages qui ne tarderont pas à les asservir et les asphyxier, les filles qui arrivent à jouir sont celles qui mentent le mieux. Leur survie en dépend. »








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