Inventaire non académique de romans du monde publiés depuis 1800, sans spoilers

Littérature des 5 continents : AfriqueÉgypte

Karnak Café

Naguib Mahfouz

(Al-Karnak , 1974)
Traduction : France Meyer. Langue d’origine : Arabe
⭐⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Dans les années 60, un café du Caire, Al-Karnak, réuni plusieurs étudiants. Ils parlent de la révolution passée et de leurs grands idéaux. Un jour ils disparaissent du café, retenus par la police, avec une justification peu crédible.

Deep State égyptien :

Court roman, interdit à l’époque en Égypte, qui dénonce de façon implacable les procédés illicites de l’état pour s’en débarrasser de ceux qu’il trouve dérangeants. Les croisements des divers personnages : la propriétaire du local (une ancienne danseuse orientale), le narrateur et nos trois étudiants, va tisser un échiquier romanesque de grande efficacité, qui sera complété par toute la myriade de personnages secondaires qui fréquentent le Karnak café. C’est le même procédé utilisé par Cela dans ‘La ruche’ et par Mabanckou dans ‘Verre Cassé’. Ces milliers de croisements vont créer un caléidoscope très perçant de la société égyptienne de l’époque.

Ces étudiants qui s’enflamment quand ils parlent de politique, sortis de cette ambiance de la révolution Nasser de 1952, convaincus que tout est possible dans ce nouvel ordre, vont être victimes de ce propre régime qu’ils ont contribué à créer. Chacun des trois aura une réaction différente après la déception. La désillusion des rêves de jeunesse face à la machine imparable du pouvoir en place, est un des sujets du roman, qui mélange habilement le quotidien et l’humain avec les évènements de l’histoire d’Égypte.

Un court roman très beau, profond et osé, qui peut servir d’introduction à d’autres œuvres majeures de cet écrivain génial.


Citation :

« Pourquoi l’homme y avait-il perdu toute valeur, réduit à la plus abjecte insignifiance, pourquoi y était-il privé de droits, de respect, de tout soutien, pourquoi ployait-il sous le joug de la lâcheté, de l’hypocrisie et de la solitude ? »

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