(2002)
Langue d’origine : Français
⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Le vieux Karl Kiribanga Ébodé, à l’article de sa mort, se confie à son fils Eugène. Il lui demande de l’aide pour lui aider à redresser une ancienne dette qui le tracasse. Refusant la tradition, Karl n’avait jamais payé la dot de sa femme, et maintenant il regrette la honte qui est tombé sur sa femme et sa belle-famille et qui est resté pendant des années. Le fils accepte cette mission et se propose de réunir tous les amis de son père le jour de l’acquittement de la dot, cérémonie due depuis plusieurs décennies.
Portrait d’un homme égal à lui-même :
L’acquittement de la dot de sa mère est une ficelle narrative qui permet de réfléchir sur le poids des traditions au Cameroun, à la fois qu’il fournit une excuse pour réunir les vieilles amitiés du père défunt et tracer ainsi, indirectement, un portrait complet de cet homme singulier. À tour de rôle, Eugène rend visite aux amis de son père pour les convaincre de participer, chacun lui expliquant des nouvelles facettes inconnues de son père et certaines anecdotes croustillantes. Quelques-unes sont un peu invraisemblables, mais globalement l’ensemble tisse un bon portrait du père d’Eugène, de ses lumières et de ses zones d’ombre.
Karl Ébodé, appelé le Patrouillard, infirmier de profession, faisait partie des maquis qui travaillaient dans l’ombre lors de l’insurrection nationale et participa dans la guerre d’indépendance. Les évènements qui ont façonné le Cameroun après la deuxième guerre mondiale s’immiscent donc dans le récit, sans jamais devenir le thème central, qui tout le long du roman sera celui de la transmission, comme le propre titre indique. Le père d’Eugène appelé le Cameroun le pays des crevettes car c’est en réalité l’origine étymologique de son nom.
Parenthèse historique : Après la Seconde Guerre mondiale, le UPC (Union des populations du Cameroun) revendique l’indépendance et la réunification, ce qui est contesté par la France jusqu’au 1er janvier 1960, quand l’indépendance de la zone française est proclamée. La réunification a lieu l’année suivante avec la partie sud de la zone britannique (Cameroun méridional), la partie nord (Cameroun septentrional) ayant opté pour l’union avec le Nigeria. Il s’en suit une période convulse marquée par les affrontements violents entre l’insurrection et l’armée officielle Camerounaise soutenue par la France. La répression fut terrible : tortures, regroupement et déplacement forcé des populations, exécutions extrajudiciaires, villages rasés… Le 20 mai 1972, un référendum conduit à un État unitaire et met fin à la turbulente époque fédérale.
L’écrivain Eugène Ébodé cède son propre nom au protagoniste, et peut-être le récit a quelques parties autobiographiques, même si en général, la narration est plutôt très romancée. Le roman est essentiellement masculin, peu de femmes interviennent dans le récit et celles qu’apparaissent le font en lien aux hommes de l’histoire. Le dispositif narratif de la visite aux amis du père à tour de rôle était encourageant, car permettait de découvrir les secrets du père petit à petit, mais finalement il n’y a pas vraiment des grosses révélations, et la plupart de ce qui est expliqué n’a pas assez de mystère ni de suggestion comme pour justifier le procédé narratif.
Facile à lire et intéressant pour connaître plus de ce pays grand mais assez méconnu, mais autre cela, le récit ne va pas trop loin.
Citation :
« Alors, je voudrais encore te parler de Douala, ma ville. J’ai cru comprendre que votre mère veut vous ramener au village après ma mort ? N’y va pas ! Le passé y est assommant et on t’encombrera de mille vies défuntes alors qu’une seule est si pénible à porter. »








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