(1950)
Langue d’origine : Français
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman autobiographique :
Kabylie, au début du XXe siècle. Le garçon Fouroulou, fils de paysans pauvres, explique son quotidien dans un village en Kabylie. Tandis que son père travaille d’arrache-pied pour subvenir aux besoins de la famille, le garçon essaie de dépasser ses origines modestes en s’appliquant dans ses études. Le rêve de Fouroulou est de rejoindre l’école normale, pour pouvoir se frayer un chemin dans la vie en tant qu’enseignant. Mais le jeune garçon éprouve une angoisse croissante à l’approche des tests d’entrée, car un échec briserait sa progression, le renvoyant dans son travail de berger.
Étudiant aux origines humbles, la dignité et la pression pour réussir :
‘Le fils du pauvre’, premier roman de Mouloud Feraoun, est un récit autobiographique qui se centre dans l’enfance et la jeunesse du maître des lettres Algériennes, son rapport avec les études et la pression pour la réussite scolaire, le tout en lien à la situation social et les origines misérables de la famille. Les réussites du jeune Fouroulou (surnom d’enfance de l’écrivain), sont donc mises en exergue avec l’angoisse du père pour faire rester à flot sa famille et permettre à son fils d’avancer dans ces études.
Le témoignage de l’écrivain est d’une très touchante simplicité, avec une écriture limpide sans aucune fioriture stylistique. La narration prend la perspective de Fouroulou enfant, lorsqu’on installe la description du quotidien de la famille et leur misère. Vers le milieu du récit, tandis que le garçon grandit, le père devra émigrer en France pour pouvoir subvenir aux besoins de la famille, élargissant le point de vue du récit, et apportant un élan plus poétique au deuxième volet de ce court roman. D’ailleurs dans son édition originale le roman était plus long et incluait une partie de la vie adulte du personnage principal, mais sous la pression des éditeurs et de la guerre d’Independence qui se profilait à l’horizon, Feraoun autorisa la publication dans l’état qu’on le connait maintenant, qui centre le récit uniquement dans les années scolaires du protagoniste.
Comme beaucoup d’hommes Kabyles de l’époque, acculés par la misère et les difficultés, le père de Mouloud Feraoun sera contraint d’émigrer. Il passera des fréquents séjours en France à partir des années 10 du XXe siècle, où il travaillera dans les usines de La goutte d’or. Un accident survenu en 1928 lui laissera dans une situation d’invalidité partielle, tout en lui donnant l’accès à une maigre paie de compensation. Cet évènement crucial dans la vie de la famille du jeune Feraoun, devient aussi un élément clé dans le roman.
Très émouvant par la sensibilité avec laquelle ‘Le fils du pauvre’ dépeint la Kabylie de l’entre-guerres, ses gens, ses paysages et sa société. Le récit jungle entre le discours social qui dénonce les difficultés d’accès à l’éducation des couches moins favorisés de la population, et réfléchit sur le rôle de l’école en tant que moyen pour arriver à l’émancipation et à la construction de la propre identité. Autant le père que le fils seront donc traversés par les dilemmes qui affrontent la condition sociale et le poids de la tradition avec les études et la soif de liberté, avec en toile de fond les déchirements qui provoque l’exil.
Très belle histoire sur la dignité et l’identité Kabyle, baignée d’humanisme et nostalgie.
Citation :
« C’est faux, c’est faux ! pensait Fouroulou pendant que son maître parlait. Il avait envie de lui dire. Non ! les enfants sont plus sensibles que cela. Ils partagent les misères de leurs parents. »








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