Inventaire non académique de romans du monde publiés depuis 1800, sans spoilers

Littérature des 5 continents : AfriqueBurkina Faso

Le parachutage

Norbert Zongo

(1988)
Langue d’origine : Français
⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Le guide éclairé Gouama, président de la république africaine de Watinbow et père fondateur de la nation, dirige le pays de façon corrompue et erratique, emprisonnant ou assassinant tous ses possibles opposants et ceux qui véhiculent toute idée de progrès, s’inquiétant seulement de se perpétuer au pouvoir pour pouvoir continuer à remplir ses comptes en Suisse. Mais une conspiration se prépare autour de lui, le coup d’État semble imminent. Son excellence Gouama prend la fuite et essaie de rejoindre Zakro, le pays voisin. Lors de sa fuite Gouama réalise la misère dans laquelle son peuple vit depuis qu’il est leur chef. Il se propose par tous les moyens d’utiliser les fonds qu’il a détournés au peuple pour revenir au pouvoir.

Satyre sur les dictatures africaines :

‘Le parachutage’ est un roman intéressant même si un peu poussif. La critique vitriolique des dictatures africaines est parfois décapante et brutale, mais la représentation du communisme comme à solution à tous les maux du pays semble le fruit d’une réflexion unidimensionnelle, et puis littérairement cela ne va pas trop loin. Même si l’air est frais et drôle, même parfois loufoque, le pessimisme l’emporte.

Le récit se centre principalement sur Gouama et son lent désenchantement. Nous ne serons jamais trop sûrs si une rédemption est possible pour notre piètre dictateur. Son entourage, autant à Watinbow, que à Zakro o en Europe, où il voyage pour préparer son retour, est dépeint avec peu des nuances. Ils semblent tous assez pourris et ambitieux que lui. L’élite est faible, amorale et égoïste, incapable de se prendre en charge de façon collective. Seulement le peuple semble en mesure de proposer un vrai changement, et dans ce roman cela ne semble pas possible sans le communisme.

Pour la plupart, le roman est touchant mais prédictible et naïf. Le dernier tier est quand même prenant, profond et moins poussif. Zongo réussit presque à susciter l’empathie autour du dictateur déchu. Lecture facile et intéressante mais pas forcément transcendante. Cependant ‘Le parachutage’ mériterait une nouvelle et meilleure édition, révisant certaines erreurs grammaticales et de formatage.

Norbert Zongo fut un journaliste réputé, figure de proue de la lutte pour la liberté de la presse et les droits fondamentaux des citoyens. Il fut assassiné en 1998 lors qu’il enquêtait sur la mort mystérieuse du chauffeur du frère du président Compaoré. L’affaire suscita un vrai émoi à Burkina Faso, mais l’enquête judiciaire fut semée d’embuches et le procès finit en non-lieu, malgré la pression de la communauté internationale. Comme quoi la fiction de son roman n’était pas si éloignée de la réalité de son pays.


Citation :

« On prépare un coup d’État contre moi. Je saigne mon pays, mon peuple, pour payer gracieusement des gens à ne rien faire, sauf des coups d’État. »

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