(2024)
Langue d’origine : Français
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Zacharias est pêcheur dans un village côtier du Cameroun, mais l’arrivée à grands pas des nouveaux systèmes d’exploitation marine et l’industrialisation du secteur mettent à mal son mode de vie traditionnel et la subsistance de sa famille. La création d’une coopérative qui, au lieu d’aider les pêcheurs, les endette davantage sera la goutte d’eau qui fera déborder le vase et poussera Zacharias face à la possibilité de franchir certaines lignes.
Deux générations plus tard, son petit-fils Zack a dix-huit ans lorsqu’il arrive à Paris, fuyant le Cameroun après une affaire dont il ne veut pas parler, traumatisé par le fait d’avoir abandonné sa mère Dorothée, une femme fragile et écorchée vive qui vivotait à Douala en exerçant la prostitution.
Les deux Zacharias et leurs dilemmes moraux :
La grande réussite de ce roman magnifique est sa structure, axée sur la juxtaposition des histoires de deux Zacharias, le premier étant le grand-père du second. Mises en parallèle, leurs histoires montreront, malgré la distance et le temps écoulé, de nombreux points communs. Par exemple, tous les deux ont une mère appelé Dorothée (ce qui peut compliquer les choses au lecteur au début), mais le plus intéressant est sans doute l’idée de placer ces deux personnages face à une action moralement discutable qui pourrait éventuellement leur permettre de sortir de l’impasse et de garantir leur avenir. La façon d’aborder ces dilemmes moraux et, surtout, d’affronter leurs conséquences ne sera pas exactement la même. Mais dans les deux cas, entre dissimulation et fuite, aussi bien le pêcheur Zacharias que son petit-fils Zack, exilé en France, subiront les conséquences de leurs choix pour le reste de leur vie.
Ce lien intergénérationnel entre les deux Zacharias permet de réfléchir de façon indirecte à la transmission, au poids des regrets et à l’impossibilité d’effacer les fautes du passé. D’un autre côté, la différence géographique et culturelle entre les deux narrations permet de développer amplement les thèmes de l’exil et du déracinement.
L’écriture est belle, mais sans fioritures de style, totalement au service d’une histoire qui se construit et se développe à partir des personnages eux-mêmes. C’est un parfait exemple de narration character driven, où l’action découle des personnages et ne leur est jamais imposée, comme dans la narration plot driven, à mon sens beaucoup moins intéressante. Ici, ce sont plutôt les personnages, avec leurs caractères, leurs failles et leurs façons d’affronter les problèmes, qui vont déclencher l’intrigue.
Les deux récits se développent ainsi en parallèle, se reflétant et interagissant l’un avec l’autre, tout en mettant en exergue les positionnements moraux des personnages. Personnellement, j’ai fini totalement pris par les deux histoires, grâce à un storytelling très dynamique, à la fois rythmé et suffisamment ample pour développer et approfondir les différents sujets du roman.
Belle réussite et autrice à suivre.
Citation :
« Depuis notre rupture, Maëlle était devenue dans mon esprit un redoutable détecteur d’actes racistes. Et nous menions d’âpres conversations imaginaires au cours desquelles je n’avais jamais gain de cause. »








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