Inventaire non académique de romans du monde publiés depuis 1800, sans spoilers

Littérature des 5 continents : AfriqueÉthiopie

Le roi fantôme

Maaza Mengiste

(The shadow king, 2019)
Traduction : Serge Chauvin. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Éthiopie, 1935. La jeune Hirut est affectée comme servante de Kidane, un officier de l’armée Éthiopienne. Aster, la femme de Kidane, ne voit pas la présence de Hirut de bon œil, car sent son mari attiré par la jeune fille. L’invasion italienne de Mussolini arrive et Kidane partira en guerre. Aster, Hirut et toute une armée des femmes vont suivre les hommes et partiront aussi défendre son pays.

Wujigra :

Ce roman bénéficie d’une structure très solide, malgré ses aller-retours dans le passé et les changements constants entre les différents personnages qui participent dans le récit. En plus du triangle principal : Hirut, Aster et Kidane, on va suivre des personnages de tous bords : le tourmenté photographe Ettore, l’impitoyable chef de l’armée italienne Carlo Fucelli, le vaillant guerrier Aklilu, ou le propre empereur éthiopien Haile Selassie.

Le récit passe d’un bord à l’autre, en avant et en arrière dans le temps, ressassant des évènements déjà vus mais avec le point de vue d’un autre personnage, cimentant le côté polyédrique du roman. Mais le projecteur est clairement porté sur les femmes, l’intention étant de montrer l’importance du rôle historique de ces femmes guerrières qui se sont battues pour l’Éthiopie. Le roman est cru, il y a de la violence dans les deux côtés. Humiliations, racisme, viols, cruauté, sang, rien n’est épargné. L’histoire est une fiction, mais les événements historiques sont bien immiscés dans le déroulement de l’intrigue.

Ce roman qui était potentiellement magnifique, est malheureusement impacté par un style trop complexe et pas vraiment justifié. Phrases complexes parfois difficiles à suivre, un peu trop de poésie et subtilité quand on aurait souhaité plus de concrétion, dialogues mélangés dans les paragraphes sans aucun tiret ni guillemets qui les distingue de la narration, une mélange de réalité et des pensées des personnages pas toujours très définie… Bref, un petit côté impénétrable absolument pas nécessaire, et qui n’aide pas ce récit, par ailleurs excellent. On sent trop l’intention de plaire à d’autres écrivains, ou à des intellectuels de la littérature, comme c’est trop souvent le cas on ne s’adresse pas vraiment au lecteur lambda intéressé.

Le personnage de Hirut, protagoniste principale, évolue le long du roman, mais sa personnalité est difficile à cerner peut-être aussi par le style trop recherché de Mengiste. On se demande souvent ce qu’elle pense et comment elle vit les choses, tellement tout est laissé dans l’air sans concrétiser. Suggérer c’est bien, rien expliquer c’est moins bien.

Plus intéressants sont les arcs narratifs des objets, comme le Wujigra, le fusil qui appartenait aux aïeuls de Hirut, les photographies d’Ettore ou la lettre du père d’Ettore. Ces objets prennent la valeur et l’importance au fur et à mesure que le récit avance et leur valeur symbolique devient plus marqué.

La lecture est un peu fatigante par la complexité injustifiée de son style, mais n’empêche, le récit est bouleversant et, notamment vers son dénouement, vraiment prenant.


Citation :

« …elle est Hirut, la fille de Fasil et Getey, la redoutable gardienne du Roi fantôme, et elle n’a plus peur de ce que les hommes peuvent faire à des femmes comme elle. »

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