(Silence is my mother tongue, 2018)
Traduction : Laurent Bury. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Dans un camp de réfugiés au Soudan, déplacés par le massacre de Om Hajar en 1976, et la guerre qui sévit en Érythrée, Saba, Hagos et leur mère essaient de s’adapter à la vie dans le camp, assumant une nouvelle identité qui puisse leur permettre de survivre. Saba est une jeune adolescente, qui affirme sa forte personnalité et caractère, et qui sert de voix à son jeune frère muet Hagos, dont le silence est le seul moyen de communication.
Le quotidien dans un camp de réfugiés face aux conflits d’identité :
‘Le silence est ma langue natale’ a une base clairement autographique : Souleymane Addonia, ainsi que son frère Saleh (aussi écrivain) naquirent en Érythrée, d’un père éthiopien et d’une mère érythréenne. Les deux grandirent à Wad al Hulaywah, un camp de réfugiés érythréens au Soudan. Saleh eut une perte grave d’audition suite à une méningite, un peu un reflet du muet Hagos, dont le silence donne titre au roman, verbalisant le poids du traumatisme.
Ce roman fort et original plonge dans le dur quotidien du camp de réfugiés, tout en l’insufflant une haleine très poétique qui frise par moments l’onirique. Ces déplacés Erythréens essayent de se reconstruire en réaffirmant leur personnalité ou parfois en se créant une nouvelle, plus en accord avec ses désirs et ses souhaits intimes. C’est dans cette tension entre l’identité passé et présente que le roman est plus efficace, même si à mon sens un excès dans l’imagerie poétique peut nourrir l’ambition de l’œuvre.
Hagos est muet comme à résultat du trauma vécu pendant la guerre, et son silence est uniquement compris par sa sœur Saba, qui vit quelque part la vie et les études qui auraient été destinés au garçon. Tout en gérant son propre tempérament et ses propres ambitions, Saba assume son rôle de porte-parole d’Hagos, et d’extension de sa personnalité. Lors qu’Hagos semble prendre une identité propre, autant elle que les habitants du camp réagiront avec perplexité. La soif de vivre de tous les personnages prend des formes inattendues dans ces conditions complexes.
À part Saba, Hagos et leur mère, le récit se structure autour de plusieurs rencontres dans le huis-clos du camp : l’ancien juge, le projectionniste de cinéma, la prostituée, l’homme d’affaires… Les nouveaux équilibres hiérarchiques à trouver entre les personnes, et la reconstruction sociale dans le camp seront le moteur de la narration, et ils rappelleront le rapport entre la vie du passé et le nouveau monde après le conflit dans lequel tout le monde doit se repositionner.
L’identité, l’amour, la communication, la mémoire et la résilience sont les sujets clé de ce complexe roman aux tonalités LGBTQ+. Bon, même si parfois peu structuré et chaotique, et pas assez clair dans ses thèmes et ambitions littéraires.
Citation :
« (…) la vraie tragédie des pauvres est la pauvreté de leurs aspirations. »








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