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Littérature des 5 continents : AfriqueMauritanie

Le tambour des larmes

Mbarek Ould Beyrouk

(2015)
Langue d’origine : Français
⭐⭐⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Dans le désert de Mauritanie, la jeune bédouine Rayhana fuit le campement de sa tribu Oulad Mahmoud, avec le tambour sacré qu’elle vient de voler. Sa course effrénée dans les sables du désert la mène vers la ville de Atar, où elle veut retrouver Mbarka, l’ancienne esclave de la famille, qui elle aussi avait fui le clan. Le récit revient en arrière pour nous montrer la jeunesse insouciante de Rayhana, l’arrivé d’un mystérieux inconnu qui la fascine complétement, et la suite de complications qui ont mène la jeune fille à vouloir couper avec sa tribu et se venger d’eux et ses symboles sacrés.

Échapper l’obscurantisme :

Magnifique livre qui se déroule en toute simplicité lors de deux timelines : D’un côté il y a les chapitres dans le présent où on suit la fuite de Rayhana, la recherche de son ancienne esclave Mbarka, et sa rencontre avec plusieurs autres personnages qui vont l’aider à s’en fuir de la tribu qui continue à sa recherche. Puis d’un autre côté ce seront autant de chapitres-flashbacks qui nous montrent comment elle en est arrivée là. Sans spoilers, parce qu’il y en a beaucoup sur toutes les critiques de ce livre, si Rayhana a volé le tambour sacré est parce que la tribu et ses traditions lui ont volé quelque chose de plus précieux, qu’elle va s’attacher à chercher désespérément le long du roman.

La narration en double chronologie, nous permet de créer un petit mystère autour des évènements qui ont mené Rayhana à sa fuite et au vol du tambour. L’intrigue (ce qui s’est passé dans le passé) est intéressante mais ce n’est pas l’élément clé du livre. En réalité, la plupart des rebondissements qui se déroulent dans la partie flashback, sont assez prédictibles, l’histoire, même si très dramatique, est plutôt banale. C’est plutôt la réflexion sur le dilemme de Rayhana qui est intéressant dans ce roman : Si sa fuite est très vite comprise, le lecteur mettra un peu plus de temps à comprendre les enjeux et raisons du vol du tambour, élément sacré de la tribu.

Le sujet du livre est sans doute la condition féminine et les entraves que l’obscurantisme sème dans son chemin vers l’épanouissement. Le tambour est le symbole du passé et des traditions ancestrales contre lesquelles Rayhana doit se battre, si elle veut aller de l’avant. Son courage teint sa quête d’une aura héroïque. C’est le combat entre la vision restreinte du rôle de la femme, réduite à un état presque d’esclave dans la société bédouine, contre une vision plus moderne et libre. Beyrouk, avec beaucoup de sensibilité navigue ce dilemme avec habileté, sans dénigrer forcement cette univers ancestral des traditions et croyances bédouines, avec respect mais avec ténacité. L’écrivain va toujours dénoncer les contraintes subies par les femmes, et défendre leur chemin vers la liberté, sans pour autant mépriser l’ancienne culture du désert mauritanien, décrite ici avec réalisme, soin et souci du détail.

Les personnages sont marquants, intéressants et très bien travaillés, et tour à tour prennent de l’importance dans le récit, enrichissant le conflit avec différents points de vue. Le style est simple et sobre mais très poétique et Beyrouk travaille les sujets du roman avec beaucoup de finesse et sensibilité. Écrivain à suivre.


Citation :

« Mais ils ne savaient pas que j’étais flétrie à tout jamais, que la vie avait déposé ses gerbes à mes pieds et qu’elle s’en était allé pour toujours. »

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