(2012)
Langue d’origine : Français
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Campagne des Vosges, 1945. Un homme qui se promène en forêt avec son enfant découvre sous un arbre, un jeune noir moribond avec l’uniforme de l’armée française. Malgré sa couleur de peau, très peu habituel dans ce coin de France, le jeune soldat sera aidé par les gens du village, et finira par monter un réseau de la résistance contre les allemands.
Histoire rocambolesque mais vraie d’un maquis singulier :
Le récit retrace de façon romancée l’histoire vraie d’Addi Bâ, celui que les allemands nommaient ‘le terroriste noir’ (‘der schwarze Terrorist’). Né en Guinée alors française, en 1916, Addi Bâ est adopté à 10 ans par un colon blanc qui le mène à Langeais, en métropole. Engagé dans l’armée française lors de la deuxième guerre mondial, il échappera aux allemands et trouvera refuge dans un village des Vosges, accueilli par une famille qui s’apitoie de lui. Grâce à son charisme et son charme, Addi Bâ s’adaptera et s’intégrera dans cette communauté dans laquelle il détonne complètement, jusqu’à finir pour devenir le chef des maquis de la région.
La plupart des soldats recrutés en Afrique procédaient du Sénégal, mais l’écrivain guinéen Tierno Monénembo fait la lumière sur un tirailleur guinéen résolument singulier. Le récit retrace des parties de son enfance en Guinée, sa jeunesse en métropole, sa participation à la guerre, sa fuite et puis sa participation à la résistance. Mais une bonne partie du récit se centre dans la vie du jeune noir dans les Vosges. Dans ce village paumé de la France profonde Addi Bâ se trouvera tiraillé entre deux familles qui se détestent, opposées par une haine ancestrale dont personne ne s’en souvient la raison. Le jeune noir devra composer avec ces tensions, tout en restant dans la clandestinité, menacé par les allemands qui continuent à roder dans la région.
Le récit est écrit dans une espèce de longue lettre que Germaine, une vieille dame qui était très jeune au moment des faits, adresse au neveu d’Addi Bâ, beaucoup d’années après qu’il soit mort, lorsqu’on décide de lui dédier une cérémonie d’hommage. Le style est beau et simple, même si côté narratif les aller-retours chaotiques entre les différents moments du passé risquent de faire l’ensemble légèrement confus. À ma surprise, s’agissant d’un écrivain guinéen, l’ambiance et les personnages dans l’entourage français étaient mieux construits que la partie guinéenne du récit, et finalement la partie épique et exotique est délaissé à la faveur d’une histoire plus ‘terroir’. L’atmosphère vosgienne, ainsi comme la brouille entre las familles sont les points forts du récit.
Malgré que son passage chez les gens fût bref, Addi Bâ laissera une trace indélébile, par sa personnalité, son engagement, ses valeurs et son charme inclassable. Souvent, la vie du tirailleur guinéen est expliquée d’une façon indirecte, décousue, et beaucoup d’années après les faits, par des personnes qui connaissaient seulement une petite partie de sa vie, sans jamais arriver à voir l’ensemble. Dans ce sens, comme l’auteur probablement voulait, Addi Bâ restera quelque part indéfini, insaisissable.
Pour connaitre plus sur ce guinéen singulier, lisez la page wikipedia ici.
Citation :
« (…) ils s’étaient toujours entendus, sur la couleur des rideaux, sur les vertus de l’éducation comme sur les bienfaits de la laïcité, et voilà qu’un nègre sorti du néant venait ébranler ce ménage sans histoire solidement ancré dans les vieux principes des Vosges : la famille, le travail, la potaye et l’ennui. »








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