Inventaire non académique de romans du monde publiés depuis 1800, sans spoilers

Littérature des 5 continents : AfriqueSénégal

Le ventre de l’Atlantique

Fatou Diome

(2003)
Langue d’origine : Français
⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Salie vit à Strasbourg tandis que son frère, Madické, vit avec leurs parents à Niodior, une île au sud du Sénégal. Madické rêve de devenir footballeur professionnel et voit la France comme la terre promise. Salie, lors des onéreuses conversations téléphoniques, essaie de raisonner son frère, mais celui-ci est plus intéressé par les déroulements des matchs de football que sa sœur doit lui retransmettre sans faute. Malgré les efforts de Salie pour lui expliquer la face cachée de l’immigration, le rêve de Madické s’affirme, il continue à s’entrainer pour un jour pouvoir être admis dans une équipe de football français.

Le rêve de la terre promise :

Le sujet principal du livre est le souhait d’émigration des jeunes Sénégalais, qui se font miroiter un futur fabuleux dans la France, terre où tous leurs rêves devraient se faire réalité. Salie connait l’autre face de la monnaie, mais n’arrive pas à toucher son frère avec ses avertissements. L’incommunication entre frère et sœur c’est un peu un miroir des mésententes entre les deux pays, dont ce livre essaie de s’en faire écho.

Récit visiblement très autobiographique, Diome étant une enfant de Niodior habitant à Strasbourg. L’autrice ne ménage ni la situation des Sénégalais en France (clandestinité, racisme, violence policières, expulsion), ni celle des Sénégalais dans leur propre pays (La place des femmes, l’arnaque des superstitions, le manque de culture, et le regard cupide porté sur ceux qui retournent).

Le sujet central me semble celui de l’appartenance, dans ce dédoublement entre pays d’origine et d’adoption. Voici quelques citations pour le comprendre avec ses propres mots : « Chez moi ? Chez l’Autre ? Être hybride, l’Afrique et l’Europe se demandent, perplexes, quel bout de moi leur appartient. » ; « Partir, c’est mourir d’absence. On revient, certes, mais on revient autre. » ; « Qui suis-je pour eux ? L’intruse qui porte en elle celle qu’ils attendent et qu’ils désespèrent de retrouver ? L’étrangère qui débarque ? La sœur qui part ? Ces questions accompagnent ma valse entre les deux continents. »

Le mépris de la France vis-à-vis de l’Afrique est aussi critiqué sans concessions, mais ce message est passé un peu trop lourdement par moments, spécialement vers la fin lors du mondial de football, quand Diome profite de succès de la sélection Sénégalaise et le mépris français subséquent, pour faire une diatribe qui serait mieux placée dans le comptoir d’un bar avec des amis. Complètement d’accord avec tout ce qu’elle dit, mais le manque de subtilité nuit l’expérience littéraire.

Sinon, le style est assez beau, les phrases sont souvent joliment construites. Il y a très peu d’action, centré sur quelques personnages intéressants et la description de la vie quotidienne dans l’île. Mais finalement la narration est un peu fade, lisse et peu structurée. Premier roman de l’écrivaine sénégalaise Fatou Diome, une écrivaine de talent qui cependant n’a pas réussi à me séduire complètement, malgré l’évident intérêt de ce qu’elle raconte.


Citation :

« En Europe, mes frères, vous êtes d’abord noirs, accessoirement citoyens, définitivement étrangers, et ça, ce n’est pas écrit dans la Constitution, mais certains le lisent sur votre peau. »

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