Inventaire non académique de romans du monde publiés depuis 1800, sans spoilers

Littérature des 5 continents : AfriqueZanzibar (Tanzanie)

Les Girofliers de Zanzibar

Adam Shafi Adam

(Kasri ya Mwinyi Fuad, 1986)
Traduction : Jean-Pierre Richard. Langue d’origine : Swahili
⭐⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Dans les plantations de girofliers de Zanzibar des esclaves effectuent toutes les taches pénibles sans aucune compensation, depuis des générations. Maltraités et humiliés, les travailleurs demandent un changement. Seulement la vieille Kijakazi adore son maître Fouad Malik, dont elle s’est occupée depuis l’enfance, malgré qu’il se comporte comme un tyran exécrable. Mais un vent de changement est en train de se répandre sur les îles de Zanzibar et la révolution avance inexorablement. Tandis que la plupart des esclaves souhaitent quitter les maîtres planteurs pour s’installer dans les nouvelles coopératives, Kijakazi ne comprend pas ce nouveau monde ni ce que la liberté pourrait lui apporter.

Histoire d’une esclave qui ne voulait pas être affranchie :

Premier roman swahili traduit en français, l’histoire de ‘Les girofliers de Zanzibar’ est puissante et profonde, mais le récit fonctionne plus comme à fable que comme à roman. Effectivement le ton résolument naïf du récit n’aide pas à rajouter des nuances aux personnages qui sont soit gentilles (tous les esclaves sans exception), soit exécrables (tous les maîtres sans exception). Cette approche manichéenne et schématique ne nuit pas la force du récit, mais sans doute limite sa portée littéraire.

On comprend que ce classique moderne soit étudié dans les écoles, parce qu’il se penche sur des évènements qui ont façonnée le Zanzibar moderne, notamment le passage du féodalisme au socialisme. Le pays, enclave historique de la traite d’esclaves de la côte est de l’Afrique, a vécu sous plusieurs occupations, notamment Omani et britannique. Le roman se centre sur la révolution de Janvier 1964, qui déposa le sultan et mit fin à des générations de domination de maîtres/planteurs omanies et du protectorat britannique, débouchant dans une République populaire marxiste. Rattaché à la Tanzanie de commun accord depuis Avril 1964, le Zanzibar reste dès lors un territoire autonome.

Dans le roman, le résultat de cette révolution et le rêve communiste qui s’en suit sont expliqués sans beaucoup de nuances, dans un ton totalement idéaliste et presque enfantin. Après la révolution tout est merveilleux, propre, bien organisé, personne ne se plaint et même les vaches sont heureuses. Malgré la naïveté de ce parti pris, le récit est fort et touchant, principalement grâce à l’arc narratif de Kijakazi, la vieille esclave qui ne souhaite pas être affranchie, loyale à son maître malgré les coups et les multiples vexations, abrutie dans une espèce de syndrome de Stockholm qui aura du mal à dépasser. Son parcours est émouvant, le personnage est attachant, et finit pour sauver le roman d’une narration stylistiquement trop simple, pour en faire quelque chose d’intérêt et envergure.


Citation :

« Allongée sur le dos, elle fixait des yeux les poutres du toit. La lampe à huile qui brulait à l’intérieur répandait une lueur qui suffisait à lui révéler le délabrement de son existence sans lui permettre de découvrir les moyens d’y remédier. Les idées se bousculaient dans sa tête. »

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