(2016)
Langue d’origine : Français
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Mavoungou et Bouhoussou se connaissent depuis l’enfance et doucement ils sont tombés amoureux l’un de l’autre. Malgré ses vingt ans et son manque de possibilités économiques, Mavoungou voudrait demander la belle Bouhoussou en mariage, mais les traditions Vili ne peuvent permettre cette union, et la jeune femme nubile sera promise à un homme beaucoup plus âgé et riche, qui a déjà trois femmes et plusieurs enfants.
Amour contre tradition :
Dans cette histoire d’amour réaliste et touchante, le jeune couple devra faire face à la tradition et aux coutumes qui gèrent la vie privée des gens dans la société Vili. La femme n’a pas vraiment son mot à dire, elle est souvent réduite à son rôle reproducteur, son sort souvent décidé depuis l’enfance. Même si on fait semblant de lui demander son avis pour le mariage, en réalité la jeune Bouhoussou n’a aucun pouvoir de décision et sa marge de manœuvre est vraiment très restreint. Elle est même censée être très contente de marier un homme noble et riche, qui la mettra à l’écart du besoin, même si elle n’a nulle envie de devenir la quatrième femme de ce vieil homme, aussi riche soit-il.
Les difficultés qui traversent Mavoungou et Bouhoussou mettent en valeur le manque d’évolution de leur société, en rapport aux mariages arrangés, à la polygamie, et à la condition féminine. À l’opposé, dans le roman les institutions de la colonie congolaise sont vues avec un œil beaucoup moins critique, les présentant principalement comme des noyaux de culture et savoir, des centres où autant les hommes que les femmes peuvent trouver une instruction scolaire et prendre leurs vies en charge. Mavoungou incarne un nouvel homme congolais, plus moderne et sensible à la cause de femmes et aux injustices de la société, en grande partie grâce à l’influence de l’homme blanc.
Dans la même ligne de vision positive de l’homme blanc qui plane sur le roman, Mambou Aimée Gnali propose un personnage secondaire très intéressant, celui de Nzinga, une femme Vili qui ne peut pas avoir des enfants qui, répudiée par son mari, se trouve en incapacité de trouver un époux, et retrouve sa liberté en devenant l’amant d’un homme blanc. Sa vie est finalement beaucoup plus confortable du côté des blancs que dans le sein de sa propre communauté, que ne lui offre que le rejet et la marginalisation.
Avec une plume d’une beauté simple et précise, et un rythme narratif très soutenu, Mambou Aimée Gnali nous offre un roman féministe qui ne perd jamais la perspective réaliste des sujets qui traite. Le contraste entre la pureté de l’amour de Mavoungou et Bouhoussou et l’étroitesse obscurantiste des coutumes ancestrales vertèbre ce très beau roman.
Citation :
« Et nous les femmes, que sommes-nous sans les hommes ? »








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