Inventaire non académique de romans du monde publiés depuis 1800, sans spoilers

Littérature des 5 continents : AfriqueMadagascar

Lucarne

Jean-Luc Raharimanana

(1996)
Langue d’origine : Français

Ce que raconte ce recueil de nouvelles :

Collection de nouvelles de l’auteur malgache Jean-Luc Raharimanana qui, sous un ton poétique et souvent onirique, s’attachent à nous décrire un univers étrange et impitoyable, dans une ambiance marquée par la violence, la marginalité, la sexualité débridée et la mort.

Poésie de la souffrance :

Autant le dire tout de suite, ces nouvelles ne sont pas pour tout le monde, et il y a fortes chances que le lecteur lambda n’adhère pas à ces récits. D’abord par la thématique, qui est très osée, violente et crue, loin de toute carte postale imaginable du Madagascar. Viols, cadavres, sexualité tordue, sang, pourriture… L’action glaçante et acérée qui domine les nouvelles est totalement en décalage avec le ton poétique de la narration. Effectivement, Raharimanana exhibe un style plutôt lyrique marqué par l’empilement très fréquent des phrases sans verbe conjugué, mais qui à force de répétition devient lourd et indigeste. Exemple :

« Des cris. Des râles. Envie de tout caser. Envie de me briser le corps. M’éclater et fendre la terre. Tuez-moi. La main, ma main tâtonne… la hanche… un couteau, un couteau enfoncé dans ma chair. Empoigner la manche. L’enlever et l’enfoncer de nouveau dans la plaie. Enlève ! Enfonce ! Enlève ! Amour, ma verge dans la plaie de ton sexe. Immolation »

Souvent c’est vraiment glauque. Je recommande d’éviter de lire la nouvelle ‘Affaire classée’, où une mère cache drogue dans le corps d’un enfant mort. Beaucoup des lecteurs trouveront cela insoutenable. Mais au-delà de tous ces cadavres, personnellement ce qui m’a déçu est ce style prétentieux et rechargé qui a un air presque désuet à mon sens. J’ai trouvé cette lecture franchement ardue par ce phrasée inutilement complexe et alambiqué, qui est peut-être beau mais qui n’apporte pas grande chose à la narration. Du coup ce livre très court se fait long. Heureusement, pour je ne sais quelle raison, les dernières nouvelles ont un style un peu plus conventionnel.

Parmi toute cette folie, c’est facile de se perdre, et souvent c’est difficile de savoir de quoi il s’agit, mais j’ai quand même constaté que pour la plupart le rôle des femmes dans ces nouvelles est lié soit à la sexualité soit à la procréation.

À vos risques et périls, mais à mon avis c’est à éviter, sauf pour cocher la case Madagascar si vous faites un challenge de lecture de tous les pays du monde.


Citation :

« Je délire, je délire. Il fait trop nuit aujourd’hui. Je me sens larme qui n’a plus d’yeux, larme qui n’a plus de joues. »

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