Littérature des 5 continents : Afrique・Congo-Brazzaville (R.C)

Lumières de Pointe-Noire

Alain Mabanckou

(2013)
Langue d’origine : Français
⭐⭐

Ce que raconte ce roman autobiographique :

À l’occasion d’un congrès littéraire à Brazzaville, Alain Mabanckou revient dans son pays d’origine, après une absence de plus de 23 ans. L’écrivain profite l’occasion pour rendre visite à sa famille à Pointe-Noire, et déambuler sur les lieux qui auront marqué sa jeunesse, face à l’Atlantique. Ses parents déjà disparus sans qu’il y ait assisté aux obsèques, l’écrivain-narrateur se voit dans l’obligation de rencontrer tous les membres de cette famille très élargie pour écouter ses plaintes et ses sollicitations, tandis qu’il essaie de remémorer sereinement son passé.

Retour au pays :

Beau roman sur le retour au Congo de l’écrivain et sur la rencontre avec les lieux et les personnes qui auraient façonné son enfance et son passé. À mon sens, le roman est plus intéressant quand il aborde l’endroit, l’atmosphère et l’espace de sa jeunesse (L’école, le cinéma Rex…), que quand aborde la rencontre avec les gens dans le présent, où tout semble plutôt convenu et confus. La famille élargie de Mabanckou s’empresse d’aller le voir, quelque part pour voir de près l’icône qui incarne la réussite de la famille, mais aussi dans pas mal de cas, pour s’approcher de la manne d’argent potentielle. Le narrateur, agacé par toute cette attention non sollicitée, affrontera tout ce bouillonnement qui l’entoure avec un œil critique et un certain distancement.

Chaque chapitre sera dédié à une rencontre, à un lieu ou à un concept. Mabanckou verra des membres de sa famille, retournera à l’école où il avait commencé ses études, se promènera dans des rues, aura un rendez-vous dans un café, rencontrera un homme obsédé par le conflit entre le Nord et le Sud, nous expliquera le rapport entre le pays et le pétrole, ou l’importance du front de mer lors d’une sortie à la plage. Ou encore l’écrivain remémorera l’histoire du cinéma Rex, maintenant recyclé en école pentecôtiste. Même si ces moments se succèdent d’une façon plutôt organisée, l’ensemble de la narration dérive beaucoup.

Par le plus grand des hasards cette même année j’ai lu plusieurs livres qui traitent ce sujet du retour au pays : Un écrivain Africain qui habite en France rentre dans son pays d’origine après une absence de plusieurs années. ‘Une magie ordinaire’ du Togolais Kossi Efoui et  ‘L’or des rivières’ du Tchadien Nimrod. Comme c’est logique, tous ces romans utilisent le même procédé : mêler les souvenirs d’un passé presque oublié avec les sensations qui jaillissent dans le présent lors de ce retour.

Comme les romans cités, ‘Lumières de Pointe-Noire” aborde aussi le sujet du deuil du géniteur, dans le cas qui nous occupe les deux, ce qui permet de traiter le thème de la transmission. Ici, je fais aussi le même constat que dans tous ces autres romans : C’est beau et bien écrit, c’est touchant, mais c’est aussi très décousu et manque peut-être d’editing. Quelque part semblerait que ‘Lumières de Pointe-Noire’ a été écrit au fur et à mesure sans réflexion préalable. C’était peut-être le but.


Citation :

« J’ai maintenant beaucoup de « nièces » et de « neveux ». Un petit groupe m’entoure dans la parcelle de tonton Albert, avec de gros yeux qui me dévorent, de petites mains qui me tirent par la chemise. Dès que je bouge d’un pas, cette tribu bourdonnante me suit, et si je m’arrête, elle s’arrête aussi, sans doute de peur que je disparaisse. Pour ces mômes je suis une apparition, une ombre qui s’évanouira lorsque le soleil se couchera. Dans leur esprit je ne suis qu’un personnage habilement construit par leurs parents, au point que les pauvres bambins s’imaginent que je pourrais donner des jambes aux paralytiques et la vue aux aveugles. »

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