Inventaire non académique de romans du monde publiés depuis 1800, sans spoilers

Littérature des 5 continents : AfriqueDjibouti

Passage des larmes

Abdourahman A. Waberi

(2009)
Langue d’origine : Français
⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Vingt ans après son départ, Djibril rentre en Djibouti dans le cadre d’une mission exécutive. Il représente les intérêts de la Adorno Location scouting, une société canadienne qui travaille dans le renseignement économique. Les données qu’il va collecter doivent permettre de repérer les points faibles du pays en vue à faciliter des futures opérations de holdings internationaux. Djibril doit mener à terme cette obscure mission le long des deux semaines de son séjour, mais le pays de son enfance est un lieu géostratégique soumis à des sombres influences, et les fantômes de son passé ne vont pas tarder à faire acte de présence.

Sombre retour au pays :

Le passage des larmes serait le nom symbolique de ce détroit qui ouvre le passage entre la mer rouge et l’océan Indien, et qui s’étend entre le Yémen dans la péninsule Arabique et le Djibouti enclavé dans la corne d’Afrique. Le Djibouti est un pays soumis à des tensions internationales majeures et croissantes, entre les armées de plusieurs pays, les magnats du golfe et les intérêts internationaux. Le côté stratégique de son emplacement, et les mouvances intégristes de l’islamisme radical qui circulent dans l’ombre de la société, sont facteurs clé qui déstabilisent l’endroit.

Le retour au pays de Djibril devrait se passer sans conséquences. Son obscure mission, qui n’est autre qui souligner les failles de son pays pour trouver des angles de profit pour des multinationales, ne devrait pas trop perturber sa vie. Complètement adopté à son pays d’adoption, le Canada, où sa femme, Denise, l’attend et lui assiste dans sa mission, Djibril n’a que deux semaines de travail devant lui. Sauf que quand Djibril est parti de Djibouti vingt années auparavant, il avait abandonné famille, amis et notamment un frère jumeau dont il n’a plus de nouvelles depuis son départ.

La narration de Djibril se suit à travers d’un journal de bord, un cahier de notes qu’il prend lors de sa mission en Djibouti. Ce récit se mélange avec une obscure narration à la deuxième personne, de la part de quelqu’un qui l’espionne depuis l’île-prison du Diable et qui le menace de mort en permanence, par la trahison qui aurait commis à son pays et à sa religion d’origine. Ces chapitres sont ponctués des extraits commentés d’un livre de Walter Benjamin ‘Enfance Berlinoise’, rassemblés dans ce qu’on appelle ‘Le livre de Ben’. Ces extraits sont censés faire le lien entre Djibril et son passé, mais personnellement je n’ai pas saisi où est-ce que l’auteur voulait nous mener avec cette métaphore du ‘Livre de Ben’.

Parce que ‘Passage des larmes’ est un livre assez impénétrable, très psychologique, dans lequel il n’y a presque pas d’action. On est censés être intéressés dans l’enquête qui mène Djibril ? Pas sûr. Certains critiques parlent même d’une intrigue ‘haletante’ que je ne vois nulle part. C’est un récit assez confus et très souvent incroyablement redondant, notamment les chapitres où ce personnage dans l’ombre menace Djibril d’une façon obsessionnelle et systématique ‘Tu nous as trahis’, ‘Bientôt va sonner ton heure’, blablabla etc… Tout cela pendant des pages et des pages.

Le roman propose une réflexion autour de l’exil et la perte de la culture originaire, de la tension Orient/Occident, des mécanismes de l’intégrisme islamique, et des douteux méthodes du capitalisme de la société occidentale. Je n’ai pas réussi à rentrer dans ce livre, mais la prose est belle et c’est quand même très bien écrit malgré quelques longueurs. Le point de vue adopté est assez original et pourrait fasciner une bonne partie des lecteurs.


Citation :

« Je suis parti d’ici il y a bien longtemps, je suis un homme d’ailleurs avec le masque d’ici qui n’a en stock que des souvenirs d’emprunt. Je suis un fantôme qui tente de percer par le rêve et l’imagination la croûte durcie du quotidien. »

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