(2019)
Langue d’origine : Français
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman autobiographique :
À Paris, sur le chemin de l’école, Bea demande à son père pourquoi il danse quand il marche. Pour répondre à cette question, Aden devra remémorer les souvenirs de son enfance à Djibouti marquée par des parents distants et déçus, et par des problèmes de santé dérivés d’une maladie alors inconnue. Le jeune Aden, timide et faible, devient le souffre-douleur des caïds de l’école. Ce n’est qu’à travers la lecture et l’écriture que le jeune enfant pourra se projeter dans l’avenir.
Souvenirs d’une enfance différente dans le Djibouti des années 60 :
Clairement d’inspiration autobiographique, le roman mélange des évènements réels avec d’autres plus ou moins romancés, pour raconter le combat du personnage principal pour dépasser les difficultés éprouvées dans son enfance. L’ainé de la famille, l’enfant représente une petite déception pour les parents par sa faiblesse physique et sa timidité. Seulement sa grand-mère, appelée Cochise, semble le comprendre, et lui accorder l’attention dont il a besoin.
Le récit filtre en permanence les sentiments d’Aden enfant avec la sensibilité d’Aden adulte. Doté d’une condition physique frêle et maladive, l’enfant va souvent s’apitoyer sur son sort et trouver des coupables extérieurs pour ses problèmes, mais avec le récit de l’adulte on va comprendre que à un moment donné, l’enfant a muri et a compris que c’était à lui-même de se lever et commencer à se battre pour dépasser son handicap. Tandis que l’enfant est beaucoup plus fragile et n’a pas une estime de soi remarquable, l’adulte a pu dépasser la plupart de ses problèmes grâce à un travail acharné d’apprentissage du français et de l’écriture.
La puissance colonisatrice de la France participe dans l’histoire, même si la position reste plutôt mesurée, pas forcément critique, loin du manichéisme et schématisations. Le protagoniste fait souvent la différence entre les djiboutiens, et les ‘vrais français de France’, personnes qui lui semblent clairement plus importantes, même s’il n’hésite pas à jeter un regard cynique sur eux. La chanson ‘Alors on dance’ du chanteur Belge-rwandais Stromae, joue un certain rôle dans le récit.
C’est avec une certaine nostalgie que l’auteur plonge dans ses souvenirs et dans les personnes qui ont marqué sa vie. Mais malgré ce regard plein de tendresse, le récit a un ton plutôt froid et distant. Pour certains lecteurs cela relèvera de la retenue, mais d’autres peuvent trouver un manque d’émotion dans la description des situations et des personnages, en tout cas la beauté de l’écriture est indéniable. À mon sens, c’est un livre beaucoup plus intéressant que ‘Passage de larmes’, un roman antérieur du même auteur, qui penche un peu plus du côté intellectuel et prétentieux.
Citation :
« Je suis parti d’ici il y a bien longtemps, je suis un homme d’ailleurs avec le masque d’ici qui n’a en stock que des souvenirs d’emprunt. Je suis un fantôme qui tente de percer par le rêve et l’imagination la croûte durcie du quotidien. »








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