Littérature des 5 continents : AfriqueGhana

The missing american

Kwei Quartey

(The missing american, 2020)
Traduction : Pas connue.   Langue d’origine : Anglais
⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Depuis qu’il est devenu veuf, Gordon Tilson cherche l’âme sœur sur les réseaux. Au coup d’échanges par vidéoconférence, il tombe amoureux d’une certaine Helena Barfour, Ghanéenne comme sa femme décédée. Gordon commence à lui fournir de l’argent pour l’aider à sortir d’une situation difficile, mais sur un coup de tête, il décide d’aller directement au Ghana pour rencontrer Helena, son nouvel amour, pour pouvoir la soutenir et lui fournir de l’aide de visu. Sauf que personne ne l’attend à l’aéroport. Déçu, Gordon se rend compte qu’il est tombé naïvement dans une arnaque très sophistiquée.

Les choses vont se compliquer et buter contre la corruption rampante au Ghana. Emma Djan, détective apprenti, devra s’impliquer dans la résolution de ce complexe affaire qui a des ramifications dans toutes les strates des institutions du pays, jusqu’au plus haut sommet de l’état.

Polar Ghanéen dans l’univers des arnaques romantiques :

Kwei Quartey est né au Ghana, d’où son pre est opriginaire, mais il a fini ses études aux États-Unis, pays où il réside. Malgré qu’ils se situent dans le milieu des bas-fonds et de la police Ghanéenne, ses polars semblent clairement orientés à un publique américain. Après les cinq volumes de sa série sur le chef détective Dawson, Quartey entame ici sa deuxième série, centrée sur Emma Djan, une investigatrice fraichement diplômée, dont l’honnêteté sans faille semble être un défi pour l’ambiance délétère de la police d’Accra.

L’intrigue se développe lentement mais est superbement bien ficelée. Cela se tient parfaitement jusqu’à la toute fin, où, sans spoiler, Quartey devient beaucoup trop didactique et poussif, façon Agatha Christie, même jusqu’à frôler le ridicule et briser toute verisimilitude dans la résolution finale des arcs dramatiques. Malheureusement, comme dans beaucoup des polars, petit à petit l’intrigue prend le pas sur le développement des personnages. Plus l’histoire s’étoffe de multiples rebondissements et de revirements en tout genre, moins les personnages restent solides et identifiables. C’est dommage.

Cela se lit facilement mais les personnages sont un peu creux et manichéens. La plupart sont des gentilles sans arêtes (Emma Djan, Yemo Sovah, le journaliste Sana Sana, Gordon et Derek Tilson), ou de méchants corrompus sans rédemption possible (Alex Andoh, Kweku Ponsu, Godfather). Quelques-uns (Casper Guttenberg, Nii Kei, Bruno) se situent dans une zone grise intéressante où on peut ressentir l’être humain qui est à l’intérieur. Ils sont les seuls qui présentent un certain intérêt pour leur ambigüité moral et les dilemmes auxquels ils doivent faire face. Nii Kwei, l’artiste arnaqueur, est sans doute le plus intéressant de ces personnages tiraillés entre le bien et le mal. Malheureusement Quartey ne vas pas trop loin ni sur la réflexion autour de ces dilemmes, ni sur le développement dramatique.

C’est intéressant par l’ambiance Ghanéenne, la description de la corruption dans les institutions et surtout par la recherche documentaire sur l’univers des sakawa boys, jeunes experts en l’arnaque romantique, qui se font passer par des belles jeunes femmes solitaires en quête d’amour pour piéger des hommes murs, solitaires et riches, à travers les réseaux sociaux. Ces arnaques sophistiquées demandent une utilisation poussée de la technologie et l’intelligence artificiel, pour faciliter la manipulation des victimes, qui croient vraiment échanger en directe avec une personne réelle par vidéoconférence. Cela fait froid dans le dos.

Très inquiétant aussi le poids des traditions animistes dans tout cet univers de malfaiteurs, incarné par le ‘prêtre’ Kweku Ponsu et les rituels ultra flippants qu’il demande faire à ses acolytes, pour leur attirer la bonne fortune. Le récit mélange aussi l’intrigue avec la politique au plus haut sommet de l’état, puisque le principal opposant au poste de premier ministre vient d’être assassiné dans le premier chapitre du livre. Ainsi, une école dédiée aux enfants autistes, jouera un rôle majeur dans la narration, puisque c’est là où se donnent rendez-vous, par hasard, pas mal des personnages de cet imbroglio.

Sans traduction française prévue au moment d’écrire ce critique (2025), ‘The missing american’ séduira peut-être les amateurs des polars, tant qu’ils ne soient pas trop exigeants dans le domaine du développement des personnages. Mais sinon, c’est sympa, quelque part accrocheur et entertaining, mais sans plus.


Citation :

« Tu est drôle, Nii. Un pauvre américain est riche comparé avec nous. Cela ne les coute rien. Il ne se rendent même pas compte. » (Traduction improvisée)

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