Inventaire non académique de romans du monde publiés depuis 1800, sans spoilers

Littérature des 5 continents : AfriqueCameroun

Voici venir les rêveurs

Imbolo Mbue

(Behold the dreamers, 2016)
Traduction : Sarah Tardy. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

New York, 2007. Jende Jonga, immigrant illégal d’origine camerounaise, vient de trouver le job de sa vie, il deviendra le chauffeur de Clark Edwards, riche exécutif à la Lehman Brothers. Sa situation clandestine peut se clarifier, la green card semble à portée de main, et il pourrait offrir à sa femme Neni, les études de Pharmacie dont elle a toujours rêvé. Lors des vacances, Neni travaillera aussi pour Cindy, la femme de Clark. Au fur et à mesure que les Jonga devient plus près des Edwards, ils peuvent se projeter dans un doux avenir pour eux et ses enfants. Mais la crise des subprimes et la situation illégale de Jende dans le pays, risquent de compliquer leur american dream.

Rêves et déceptions :

Étant elle-même issue de cette immigration camerounaise (elle acquiert la nationalité américaine en 2014), et aussi victime de la crise des subprimes (elle perdit son emploi en 2008, ce qui la mène par la suite à l’écriture du livre, pour montrer que le rêve n’est pas accessible à tout le monde), Imbolo Mbue nous parle avec autorité des sujets complexes et délicats, toujours avec sensibilité et nuance. Les personnages sont très réels, ni méchants ni gentils. Même si l’american dream nous fait miroiter un monde merveilleux, on va vite découvrir que derrière les paillettes se cache la déception. Face aux difficultés, les quatre personnages principaux devront affronter ses propres faiblesses et le côté moins avenant d’eux-mêmes.

Une bonne partie de l’intrigue est prévisible : Une séquence est la conséquence de la séquence précédente et nous mène à la suivante. On sait quels problèmes vont devoir affronter nos héros, les Jonga. Surtout si on a entendu parler de Lehman Brothers et la sauvage crise financière qui a secoué les États-Unis et le monde en 2008. Au début l’axe de la narration va être la relation entre les deux hommes, Jende Jonga et Clark Edwards, et l’évolution touchante de leur complicité professionnelle, et jusqu’à un certain point, personnelle. Mais à un moment donné (et je ne vais pas spoiler), les personnages féminins commencent à se dessiner d’une façon plus profonde et particulière. Elles sont bien différentes de leurs maris respectifs. Et c’est là, que l’intrigue devient moins prédictible et plus originale.

Sur fond de lutte de classes, les différentes expectatives entre les noirs et les blancs en Amérique et le contraste entre les rêves et la réalité, ce roman nous attrape dans une intrigue révélatrice d’une bonne partie des maux de nos sociétés occidentales. Notamment la place restreinte laissé à l’humain face au monde du profit et de l’argent. Notre couple d’immigrants camerounais, devra affronter des décisions impossibles, chacun d’eux à sa façon : Jende, calme, idéaliste et prudent, et Neni, plus pragmatique, méfiante et impulsive. Avec ces deux personnages et leur entourage, Mbue nos offre un portrait assez réaliste de l’immigration africaine aux Etats-Unis et des mille obstacles et déceptions qui entravent le chemin d’accès à leurs rêves.

Le titre originale, ‘Behold the Dreamers’, fait référence à un poème de Langston Hughes, écrit en 1935, ‘Let America Be America Again’, qui parle du côté inaccessible du rêve américain pour les classes moins favorisées, et la liberté et l’égalité que les immigrants ont toujours espérées mais jamais eues.


Citation :

« Les gens refusent d’ouvrir les yeux et de voir la vérité parce qu’ils préfèrent rester dans l’illusion. Du moment qu’on les abreuve des mensonges qu’ils veulent entendre, ils sont contents. La vérité ne leur importe pas »

0 Comments

Submit a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *