(2022)
Langue d’origine : Français
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce novella :
Sarcelles, France. Fabien rêve de réciter sa poésie devant Monsieur Tannier, son maître à l’école, sans savoir que sa vie est sur le point de basculer. Ses parents lui annoncent qu’ils vont tous partir en Syrie pour rejoindre l’État Islamique. Sous son nouveau prénom, Farid, l’enfant rejoint les Lionceaux du Califat dans l’apprentissage de la violence, tandis que ses parents se préparent pour faire le Djihad et se battre du côté de Daesh.
De la poésie à la haine :
En regardant la pochette, ‘Voyage au bout de l’enfance’ me faisait penser à un livre pour enfants au contenu naïf. Or, rien de cela, ce bildunsroman au cœur de l’État Islamique est dur, sombre et pessimiste. Il se centre sur l’enfance brisée du narrateur, obligé de grandir dans un univers de haine et de violence, alors que sa vie était jusqu’alors remplie de poésie et innocence. Ses parents, aveuglés par la machine d’endoctrinement de l’État islamique, vont l’entrainer de force à l’épicentre de cet univers d’horreur. Démuni face à ses parents, l’enfant sera seulement capable de témoigner la descente aux enfers qui représente joindre Daesh.
Loin de M. Tannier, son maître d’école, qu’incarne probablement le pouvoir de l’éducation et la culture pour changer les mentalités, notre jeune héros ne trouve aucun appui rationnel, aucun phare, aucune balise pour l’aider à traverser les ténèbres. Tandis que ses parents se déchantent trop lentement de la doctrine diffusée et des justifications de cet absurde Djihad, Fabien réalise très vite que c’est trop tard, que le piège s’est fermé sur eux, leur seul futur est la violence et la mort rien d’autre. Incapable de devenir le monstre qu’on attend de lui, il sera obligé de grandir le plus vite possible pour pouvoir survivre.
Ce très court roman, ou novella, narré avec un style simple et direct, est rempli d’émotion, puissance et vigueur narratif, tout cela dans la retenue et en très peu de pages. Dans l’état, ce texte dont l’intention est clairement de dénoncer le fanatisme des religions, peut être perçu pour certains lecteurs comme trop critique avec l’Islam en soi. D’un côté, c’est un peu dommage que le récit ne soit pas un peu plus long pour pouvoir développer davantage les thèmes et nuancer les propos, mais probablement le récit est plus efficace grâce à ce côté épuré et ciselé.
Citation :
« Je crois qu’elle est vraiment fâchée avec Daesh mais elle ne m’en parle pas. Je crois qu’elle a toujours peur que je la dénonce et qu’elle finisse comme sa copine qui se balançait à un réverbère. C’est affreux quand les parents ont peur de leurs enfants. »








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