(East of Eden , 1952)
Traduction : J. C. Bonnardot. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Entre la guerre de Sécession et la première guerre mondiale ce roman-fresque retrace plusieurs générations de la vie de deux familles, les Hamilton et les Trask, dont les destins sont entrelacés.
Cain et Abel à l’américaine :
‘À l’est d’Éden’ est un peu l’œuvre culminant de la carrière de John Steinbeck. Le prix Nobel avait passé plusieurs années à l’écrire et y concentrait tout son talent d’écriture. Plus ou moins bon, Steinbeck le considérait sa pièce maitresse et disait de lui : « Le livre contient tout ce que j’ai pu apprendre sur mon métier ou ma profession au cours de toutes ces années ». Et aussi : « Je pense que tout ce que j’ai écrit a été, dans un sens, une pratique pour ce livre. »
Malgré que souvent c’est la lutte entre le bien et le mal qui est souligné comme à sujet principale de ce roman, à mon sens c’est plutôt celui de la jalousie, principalement dans la famille, et dans son coté plus ‘pêché’. Les résonances bibliques du texte sont profondes tout le long du livre, commençant par le titre qui fait référence à l’exile de Cain après l’assassinat d’Abel : « Caïn se retira de devant l’Éternel, et séjourna dans le pays de Nôd, à l’est d’Éden ». Cet épisode biblique donne son squelette au roman. On trouvera ce conflit dans plusieurs générations de frères, dont les initiales de leur prénom porteront la marque de Cain et Abel. Charles (impulsif et colérique) et Adam (Calme et posé) sont deux frères opposés victimes d’un père violent et pas compatissant. Puis aussi les enfants d’Adam : Caleb et Aaron, qui reproduiront le schéma biblique en s’opposant l’un contre l’autre.
Sur cette grande fresque, bien entendu, les thèmes sont divers. La faiblesse des hommes pour faire face au pêché, les conséquences d’une éducation défaillante et du manque d’amour, les choix individuels face à la pensée unique de la société (voir citation en bas), l’autodestruction, les apparences, les préjugés, les regrets, le racisme et la justice sociale, présente cette dernière dans tous les romans du prix Nobel.
La vallée de Salinas, où Steinbeck y vécut une bonne partie de sa vie, est la grande protagoniste du livre, elle représente cet Éden, cette exile de Caïn. Des notes autobiographiques y sont de partout dans le roman, la famille Hamilton est un reflet des vrais ancêtres de Steinbeck, le père Hamilton étant basé sur le grand-père maternel de Steinbeck.
Probablement cette œuvre de maturité brille principalement par sa capacité à faire des portraits inoubliables des personnages. Plus ou moins enclins vers le bien (Comme l’attachant serviteur Lee) ou vers le mal (Comme l’impitoyable femme d’Adam, Cathy). Le talent pour l’introspection psychologique déployé dans ce roman est témoin d’un écrivain au sommet de son art. Personnellement le personnage qui m’a marqué le plus est Cathy, une femme austère peu empathique, presque méchante, qui petit à petit se dévoile comme un personnage unique à multitude de facettes.
Succès monumental à sa sortie, le livre devient vite un bestseller (Appuyé aussi par sa version cinématographique, qui adaptait seulement le dernier quart du roman, et surfait sur la popularité du comédien James Dean), et continue à l’être, particulièrement depuis une résurgence aux années 2000, due à la recommandation de l’animatrice toute-puissante Oprah Winfrey. Mais, à l’époque, le livre avait peiné à trouver une bonne réputation critique. On regrettait un élan moralisateur trop appuyé, l’inconsistance de la narration à la première personne, ou un certain simplisme dans les affrontements entre le bien et le mal. Le temps a mis le roman à sa place, dans le panthéon des grandes œuvres de la littérature US de tous les temps.
Citation :
« Lorsque notre nourriture, nos vêtements, nos toits ne seront plus que le fruit exclusif de la production standardisée, ce sera le tour de notre pensée. Toute idée non conforme au gabarit devra être éliminée. »








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