(El viento que arrasa, 2012)
Traduction : Laura Alcoba. Langue d’origine : Espagnol
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Sous un soleil de plomb, le Révérend Pearson et sa fille Leni traversent le nord de l’Argentine dans une mission d’évangélisation, quand leur voiture tombe en panne. Par hasard ils trouvent un garage perdu dans ce coin paumé, où Le Gringo Brauer, à l’aide de son jeune protégé Tapioca s’attachent à réparer la voiture. Cela prend plus de temps que prévu et, tandis que l’orage s’approche, les quatre personnages restent coincés dans cet endroit isolé au milieu de nulle part.
Huis clos à quatre au milieu de nulle part :
Malgré un côté théâtral très prononcé, avec ces quatre personnages enfermés et isolés, ‘Après l’orage’ a quelque chose de très cinématographique, notamment par le paysage grandiose qui les entoure, et qui fait rêver notamment les deux personnages plus jeunes. Les voitures rouillées abandonnés à côté d’une route enclavé, les chiens qui aboient à l’approche de l’orage, les personnages très marqués avec des passés complexes, tout cela pourrait donner un très bon film Indépendant américain.
Le récit se construit en opposition de deux pairs intergénérationnels. D’un côté le Gringo Bauer et le jeune Tapioca, qu’il a élevé comme un fils, et d’un autre côté Pearson et sa fille Leni. Brauer veut que Pearson dégage, mais Pearson veut rester pour essayer de convertir le jeune Tapioca. Chez les jeunes, l’envie d’être ailleurs est un moteur important dans les deux cas. Ces dualités père/fils, partir/rester, jeune/vieux, début/fin vertèbrent le roman et permet de développer ses thèmes. L’absence des mères des deux personnages jeunes sera aussi une des clés du récit.
La religion joue donc un rôle fondamental dans l’histoire. La mission évangélique du Révérend Pearson, parfois contemplée presque comme une arnaque, produit des effets différents chez les personnages. Pour le plus expérimenté Gringo Brauer ce sont des balivernes, mais son fils adoptif Tapioca, un adolescent prisonnier dans cet enclave isolé, semble fasciné par ce sujet. Leni, la fille de Pearson, n’en peut plus de son père mais admire son côté prédicateur. Ce treillis d’attirances et répulsions, prend comme à centre le Révérend Pearson, personnage complexe qui sera sans doute détesté par beaucoup de lecteurs, mais sans lequel ni le récit ni la réflexion sur le sujet n’existerait pas. Ce sera beaucoup plus facile d’avoir de l’empathie par son opposant, le Gringo Brauer, homme rustre et sobre mais aux valeurs très solides.
‘Après l’orage’ est narré avec un style poétique et évocateur, plein de finesse et retenue. Almada choisi de ne pas expliquer trop les choses, et préfère les laisser dans le terrain de la suggestion. Cela peut être frustrant pour certains lecteurs, mais personnellement je trouve que cela se tient. Sans spoiler, le dénouement risque d’être un peu décevant, si on n’essaie pas d’aller au-delà des raisons que les personnages afficheront pour justifier leurs actes. Et de cela, Almada n’en parlera pas, ce sera au lecteur de creuser au-delà de ce qui est expliqué. C’est ce qui les personnages se cachent à eux-mêmes ce qui fait de ce roman une œuvre accomplie et magnifique.
Citation :
« Lui au moins pouvait retourner à des endroits pleins de souvenirs. (…) elle n’avait pas des paradis perdus où retourner. Cela faisait peu de temps qu’elle avait quitté l’enfance, mais sa mémoire était vide. » (Traduction improvisée)








0 Comments