(Beach Music, 1995)
Traduction : Françoise Cartano. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
L’américain Jack McCall vit à Rome avec sa fille Leah, où il s’est exilé après le suicide de sa femme Shylla et le douloureux procès entamé par sa belle-famille en vue à lui enlever la garde de sa fille. Jack a quitté à jamais sa ville de Waterford et il a aussi coupé les ponts avec son père, sa mère et ses frères, dans une déchirure familiale très traumatique. En Italie, l’homme essaie de recomposer sa vie et oublier le passé, mais lorsqu’il apprend la grave maladie dont sa mère est atteinte, Jack réalise qu’il devra faire face au passé pour pouvoir vivre dans le présent sans regrets.
Famille dysfonctionnelle plus plus face à l’impossible réconciliation :
Dans cette fresque familiale incroyablement riche et parfois rocambolesque, la thématique centrale, comme d’habitude chez Conroy, tourne autour de deux sujets totalement reliés : D’un côté, l’incapacité pour soigner les blessures du passé, et d’un autre la désintégration de la famille. Plusieurs thèmes vont compléter ce roman très foisonnant : Les traumatismes de la deuxième guerre mondiale puis de celle du Vietnam, et l’affrontement avec le père, un tyran alcoolique (Sans doute encore une revisitation autobiographique du propre père de Conroy, avec lequel il avait déjà réglé ses comptes dans son roman ‘Le Grand Santini’).
Quel espoir reste à Jack face à tout ce désordre, à toutes ses blessures. Il y a un chemin possible de réconciliation maintenant que la matriarche fait face à la mort ?
Comme d’habitude, Conroy exhibe un talent inouï pour peindre ses personnages avec des dialogues. C’est une de ses marques de fabrique. Il utilise énormément des reparties, parfois sur des sujets banals, pour rajouter couche après couche de sous-texte, profondeur et construction du personnage. Une bonne partie de l’émotion qui véhicule ce livre vient implicite derrière des dialogues d’une profondeur psychologique remarquable.
C’est un pavé émouvant qui se lit avec une facilité déconcertante malgré sa démesure, qui part un peu dans tous les sens, mais revient à chaque fois à se recentrer sur ses sujets de base des blessures du passé et de la quête de réconciliation. Quelques scènes un peu trop poussées dans l’exagération entament un peu la vérisimilitude de certaines parties du livre, notamment dans la dernière tranche, mais je ne spoilerai pas.
Si vous avez adoré ‘Le prince des marées’, probablement vous allez aussi prendre du plaisir à lire ce roman avec lequel il partage beaucoup de similarités : La Caroline du Sud avec ses plages et ses pêcheurs, les conflits intrafamiliaux, le père tyrannique, des douloureux secrets du passé qui hantent dans le présent, les traumatismes d’enfance qui font surface, etc… ‘Beach music’ est quand même un superbe Conroy mais probablement pas au même niveau de justesse que son chef d’œuvre ‘Le prince des marées’.
Citation :
« Ce que j’aime le plus, concernant le passé, c’est l’oubli. »








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