(Beloved , 1987)
Traduction : Hortense Chabrier et Sylviane Rué. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
En 1873, Ohio est un des états américains libre d’esclavage. C’est là que Sethe, ancienne esclave, s’y est réfugiée après la fuite d’une ferme dans l’état voisin. Elle vit avec sa fille, Denver, qui visiblement ne parle pas, dans une maison où des phénomènes étranges sont monnaie courante. Selon Sethe, un fantôme semble être présent dans la maison, et c’est cela qui aurait poussé ses autres enfants à quitter la maison.
Un jour, une jeune fille étrange, mystérieuse mais ingénue, se présente chez elles. Elle se fera appeler Beloved (aimée).
Des fantômes et des passés :
Ce roman fortement dramatique, a une structure par moments confuse, mais très puissante. La narration est non linéaire : Dans le présent Sethe et Denver essaient de reprendre sa vie en main après le trauma de l’esclavage et elles négocient tan bien que mal avec des événements tragiques survenus dans leur passé, qui rongent leur vie dans le présent, et dont on sait peu au début du roman. Petit à petit, on va faire la lumière sur tout ce qui s’est passé depuis que Sethe s’est enfuit de la situation d’esclavage.
Les fantômes sont bien présents dès le début du roman : « Le 124 était habité de malveillance. Imprégné de la malédiction d’un bébé. Les femmes de la maison le savaient et les enfants aussi ». Les fantômes, et le passé qui nous rattrape vont être le squelette thématique du roman.
Donc l’esclavage, la maternité, et la rémanence des choix pris dans le passé sont quelques-uns des sujets qui sont traités dans ce roman, avec sérénité, finesse et intelligence. Jamais dans le pathos, malgré l’épouvantable de ce qui est décrit. Ce roman aux accents lyriques, est un petit bijou de sensibilité narrative.
Je ne veux pas développer davantage par souci de ne pas spoiler, mais la narration va progressivement éclaircir les parties plus opaques de l’histoire, mais (ce qui est moins habituel) sans perdre un gramme de son pouvoir de fascination. En effet, quand on a le puzzle complet, on est aussi happé par l’histoire qu’au début, quand on avait toutes les pièces éclatées sur la table. Les mystères, même résolus, gardent son mystère, et c’est là qui se tient le fabuleux talent de Morrison.
Attention à la lecture, qui peut demander pas mal d’attention par son complexe dispositif narratif, mais on est probablement devant d’une des meilleurs romans contemporains des US.
Citation :
« Pour une ancienne esclave, aimer aussi fort était risqué ; surtout si c’étaient ses enfants qu’elle avait décidé d’aimer. Le mieux, il le savait, c’était d’aimer un petit peu, juste un petit peu chaque chose, pour que, le jour où on casserait les reins à cette chose ou qu’on la fourrerait dans un sac de jute lesté d’une pierre, eh bien il vous reste peut-être un peu d’amour pour ce qui viendrait après. »








0 Comments