(Brokeback Mountain, 1997)
Traduction : Anne Damour. Langue d’origine : Italien
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte cette nouvelle :
Wyoming, 1963. Ennis del Mar et Jack Twist, jeunes hommes dans la vingtaine, se rencontrent lors d’un travail saisonnier en tant que bergers de montagne, s’occupant d’un très large troupeau de moutons, dans un alpage situé à Brokeback mountain. L’un doit s’occuper du camp et l’autre doit surveiller le troupeau pour empêcher les prédateurs d’attaquer les moutons. Malgré les préjugés de ce milieu de cowboys dominé par une certaine idée de la virilité, les deux garçons vivront un intense idylle qui marquera leurs vies à jamais.
Western avec amour impossible :
Très courte et épurée, cette magnifique nouvelle se centre presque exclusivement sur nos deux hommes et la passion qui naît entre eux et malgré eux. Une relation très passionnelle, marquée par des brèves étreintes et des ébats cachés, qui va se développer au fur et à mesure des années, mais sans jamais se concrétiser de façon stable. Dans le Wyoming des années 60 une relation entre deux hommes était inimaginable, même au risque de finir mort sur un caniveau, victime d’une attaque homophobe. Alors les deux garçons vont refouler leur condition homosexuelle (« Suis pas pédé », « Moi non plus »), la cantonnant à des très brefs interludes passionnés dans l’isolement de la montagne.
Face à la peur et la stigmatisation, les deux hommes renoncent à l’idée d’une vraie relation homosexuelle, tout en continuant de se voir sporadiquement. Ils vont donc faire chacun sa vie, se marier et avoir des enfants, mais à chaque retrouvaille, leur passion redouble, et ainsi de suite pendant deux décennies. L’ensemble est narré à coup d’ellipses, nous montrant seulement quelques brèves scènes stratégiquement choisies. C’est une histoire d’amour triste, mais très belle et puissante, qui critique sans ambages la dérive homophobe rampante d’un secteur conservateur de la société, incarné dans ce milieu hyper-masculinisé de cowboys et rodéos.
La nouvelle est très succincte, sans rien de superflu, presque sans dialogues. Ennis del Mar et Jack Twist parlent très peu, notamment Ennis, torturé par le souvenir du cadavre d’un homme tué par son homosexualité, que son père homophobe lui avait obligé de regarder lors qu’il était enfant. Le récit est donc très court et d’un côté je trouve cela un peu dommage, car cette belle histoire méritait bien un roman à part entière. Mais l’avantage est que la narration se centre sur l’essentiel sans s’attarder ni dans des descriptions redondantes des états d’âme ni dans les personnages secondaires autour. Mis à part les deux hommes, le seul élément narratif important sera le paysage, avec ces montagnes grandioses, secrètes, émouvantes, témoins silencieux de leurs ébats furtifs. Brokeback mountain s’érige en symbole d’un endroit où ils pourraient être eux-mêmes.
Pour une fois l’adaptation cinématographique développe plus les situations que la version littéraire originale, et le film prend plus de temps pour travailler l’introspection psychologique, aspect traité d’une façon peut-être plus distante dans la nouvelle. Heath Ledger et Jake Gyllenhall incarnent à merveille les rôles d’Ennis et Jack dans le superbe film réalisé par Ang Lee en 2005, récompensé de plusieurs Oscars et du Lion d’Or de la montre de Venice.
Citation :
« Une chose ne changeait jamais : l’intensité fulgurante de leurs rares accouplements était assombrie par le sentiment que le temps leur échappait, le temps trop court, toujours trop court. »








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