(Cacau, 1933)
Traduction : Jean Orecchioni. Langue d’origine : Portugais
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Région sud de Bahia, Brésil. Sergipano, un jeune homme d’extraction bourgeoise qui a perdu ses moyens de subsistance suite au décès de son père, arrive au Domaine Fraternité, une exploitation de cacao, en cherche du travail. Il découvre un quotidien très dur : les misérables ouvriers de la plantation travaillent inlassablement toute la journée dans les cacaoyers, vivant entassés dans des maisonnettes minuscules. Pendant leurs seuls jours de repos, les travailleurs s’abrutissent dans l’alcool bon marché, la violence et les femmes.
Exploitation et fraternité :
Publié lorsqu’il a seulement 21 ans, ‘Cacao’ est un des premiers romans d’Amado. Né dans une fazenda, grande propriété agricole, le jeune écrivain connait très bien le sujet dont il parle, malgré sa jeunesse. Sans tomber dans le pamphlet communiste, Amado fait une dénonciation complète de l’exploitation ouvrière, à travers la description sans ambages d’un mode de vie très dure, dans des conditions de travail terribles, sans perspective ni horizon. L’exploitation est donc au centre d’un récit qui s’attarde plus à décrire la dureté de l’atmosphère que les personnalités des travailleurs, par la plupart des types bienveillants malgré leurs quotidien épouvantable.
Le lecteur entrera dans le récit, accompagnant Sergipano, nouvel arrivé dans la plantation. D’origine plus privilégiée, il est quelque part plus cultivé et intelligent que ses nouveaux collèges, et réfléchit sans doute davantage à leur condition vulnérable, aux inégalités et à l’injustice en général. On trouve un parti pris très similaire dans ‘Prisión verde’ (1945) classique Hondurien de Ramón Amaya Amador, qui traite un sujet similaire avec un point de vue presque identique, favorisant l’immersion progressive du lecteur.
Même si le roman se centre sur les travailleurs du Cacao et de ce fait il est quelque part masculin, Amado dédié aussi beaucoup d’espace aux femmes dans le récit, décryptant leurs joies, leurs angoisses, et leurs positionnements face aux conflits. Mais la vocation de ‘Cacao’ est clairement de proposer un commentaire social. Comme dans beaucoup de ses romans ultérieurs, Amado cède la voix aux pauvres et aux démunis. La religion ne leur apportera non plus aucun apaisement, plutôt cautionnant et devenant un maillon de plus dans la chaine de l’oppression.
Malgré quelques irrégularités dans la narration, ‘Cacao’ est un très beau roman sur l’exploitation de l’homme par l’homme, et sur la fraternité du peuple opprimé, qui anticipe et présente déjà les thèmes clés et l’engagement communiste de l’écrivain, bien avant que les dérives Stalinistes lui fassent quitter le parti dans les années 50.
Citation :
« C’était un de ces refuges marginaux où aboutissent les gens que la vie a condamnés. Des fous pour la plupart. Mais aussi des vieillards que leurs familles abandonnent pour qu’ils meurent de solitude et n’empoisonnent plus la vie des triomphateurs. »








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