(Carol, 1952)
Traduction : Emmanuèle de Lesseps. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
New York, fin des années 40. Therese Belivet, décoratrice spécialité dans le théâtre qui ne trouve pas de travail, accepte un emploi dans un grand magasin pour la saison de Noël. Un jour, Carol, une belle dame blonde enveloppée dans un très cher manteau de fourrure, lui demande un conseil pour acheter un cadeau de Noël à sa fille. Therese, fascinée par cette cliente unique, essayera de reprendre contact le lendemain avec une excuse. La cliente propose de prendre un verre. L’attirance entre Therese et Carol est mutuelle et irrésistible. Les deux femmes commencent une relation sentimentale malgré que cette liaison risque de mettre en danger tout leur quotidien.
Premier roman avec vision positive de l’amour entre femmes :
Patricia Highsmith, une autrice fascinante mais relativement oubliée, écrivit principalement des romans noirs à fort composant psychologique, mais pour son deuxième roman ‘Carol’, l’autrice se centrera sur le côté sentimental de la relation de deux femmes lesbiennes, et s’inspirera d’une rencontre qu’elle-même avait vécu lors qu’elle avait un emploi temporaire dans un magasin pour les fêtes de Noël. Même si cette rencontre n’eut pas de suite, Highsmith écrivit la première ébauche du roman le soir même. Highsmith eut relations avec plusieurs femmes, et tenait absolument à renvoyer une image positive de l’amour entre femmes, jusqu’à alors caractérisé dans la littérature soit par son absence totale, soit par des histoires sordides à la fin tragique.
C’est chose faite, ‘Carol’ est un roman positif, où le sujet de l’amour lesbien est traité avec beaucoup de sensibilité et finesse, sans stridences ni pessimisme, sans haine de soi ni complexes de culpabilité, comme c’était un peu le cas de certains romans de James Baldwin, qui évoquaient l’homosexualité à la même époque aux US. ‘Carol’ a plutôt bien traversé les années, et même quelques décades plus tard (il fut publié en 1952), le roman reste actuel et pertinent.
Devant la crainte que le sujet puisse faire fuir les lecteurs, Highsmith dut changer de maison d’édition et publia ce livre sous le pseudonyme Claire Morgan, avec le titre ‘The price of Salt’, dans une version censurée. Suite aux bonnes critiques, une première version intègre voit le jour au Royaume-Uni. Le succès fut au rendez-vous, et en particulier, la communauté lesbienne plébiscita ce livre que pour une fois renvoyait une image positive de l’amour entre femmes. Highsmith reçu énormément de courriers dans ce sens, et dans les rééditions suivantes le roman apparaitra comme ‘Carol’, roman de Patricia Highsmith. En France initialement le roman fut édité avec le nom ‘Les eaux dérobées’.
Malgré que le thème principal soit la relation sentimental, Highsmith n’abandonne pas complètement ses spécialités, et mettra ces deux femmes au milieu d’une complexe intrigue, dans laquelle les secrets, les faux-semblants, la fuite, la traque et le danger agissent comme des épreuves que les deux femmes doivent surmonter pour pouvoir être ensemble. Comme d’habitude chez l’autrice, le travail psychologique est brillant. Le contraste entre les deux femmes, leur différent extraction social et façon de voir le monde sera source autant de conflit comme de réflexion.
‘Carol’ est beaucoup plus qu’un roman ‘lesbien’, comme trop souvent est labellisé. Il est tout bonnement un roman magnifique, probablement un des meilleurs titres d’une autrice à redécouvrir et revendiquer. Todd Haynes réalisa une très belle adaptation cinématographique en 2015, avec Cate Blanchett at Rooney Mara dans les rôles principaux.
Citation :
« Une fois, elles tombèrent sur un village qui les charma et y passèrent la nuit, sans pyjama ni brosse à dents, sans passé ni futur, et cette nuit fut une de leurs îles dans le temps, préservée quelque part, dans le cœur ou la mémoire, intacte et absolue. Peut-être n’était-ce rien d’autre que le bonheur, pensa Therese, un bonheur total, rare sûrement, si rare que la plupart des gens ne devaient jamais le rencontrer. »








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