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Littérature des 5 continents : AmériqueMexique

Cher Diego, Quiela t’embrasse

Elena Poniatowska

(Querido Diego, te abraza Quiela, 1978)
Traduction :   Rauda Jamis.   Langue d’origine : Espagnol
⭐⭐⭐

Ce que raconte cette novella :

À travers les lettres de l’artiste-peintre d’origine russe Angelina Beloff, écrites depuis Paris et destinées à son mari, Diego Rivera, on retrace leur histoire d’amour. Une relation complexe, brisée lorsque le peintre mexicain décida de repartir dans son pays.

Chronique épistolaire d’un amour non partagé :

Elena Poniatowska avait lu la biographie du peintre Diego Rivera, écrite par Bertram David Wolfe, et une lettre incluse dans le texte avait attiré son attention. Dans cette lettre, Angelina (Quiela pour Diego), une femme abandonnée en plein chagrin d’amour écrit à son mari pour lui demander une dernière fois des nouvelles. Poniatowska prend cette lettre comme squelette pour inventer une suite de lettres dans lesquelles on trace le portrait d’une femme dévorée par la passion, prête à toute renonce et soumission, pour reconquérir l’homme aimé.

Ces lettres fictives resteront sans réponse, témoignant d’une passion à sens unique, et c’est cela le grand atout de ce petit roman, car Diego Rivera s’impose comme deuxième personnage principale du roman, malgré en être complétement absent. À travers le regard d’Angeline, d’abord aveugle et petit à petit plus lucide, la personnalité impétueuse, autoritaire et imprévisible du génie mexicain prend forme devant nos yeux.

Pour certains lecteurs, la soumission et renonce totales de Angelina (voir citation), qui n’arrive pas à exister sans une dépendance totale du peintre, relèvent clairement du sexisme, mais à mon avis, il faut faire la part des choses. Cela est sans doute le point de vue du personnage principal, elle se nie toute indépendance et se décrit seulement en soumission à lui, jusqu’à la limite de la dignité (« Je pourrais nettoyer tes pinceaux »). Mais celui-là n’est pas forcément le point de vue de Poniatowska. Comme dans beaucoup de romans narrés à la première personne (‘Lolita’ de Nabokov vient à l’esprit), on ne devrait pas mélanger narrateur et écrivain.

Ce monologue fictif pourrait s’accorder parfaitement aux points principaux de la vraie biographie de cette femme singulière. La vraie Angelina Beloff, resta mariée à Rivera pendant la dizaine d’années vécus ensemble à Paris, puis Rivera partit à Mexico où il se remaria plusieurs fois, dont deux fois avec la peintre Frida Kahlo. Beaucoup des années plus tard, Angelina finit par aller à Mexico où elle exerça son métier de peintre, se libérant finalement de l’emprise toxique de cet amour raté. Angelina recroisa Diego Rivera une seule fois. Elle resta sans rien lui dire, lui traça devant elle sans la reconnaître.

Une courte et magnifique novella épistolaire, avec un style sobre et poétique, imprégnée par le deuil d’une femme désespérée par la perte de l’homme qu’elle a aimé.


Citation :

« Après tout sans toi je suis bien peu de chose, ma valeur est déterminée par l’amour que tu portes sur moi, et j’existe pour les autres dans la mesure en que tu m’aimes. Si tu arrêtes de le faire, ni moi ni les autres n’arriverons pas à m’aimer »

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