Inventaire non académique de romans du monde publiés depuis 1800, sans spoilers

Littérature des 5 continents : AmériquePanama

Cicatrices inútiles

Juan David Morgan

(Cicatrices inútiles, 1994)
Traduction :   Pas connue.   Langue d’origine : Espagnol
⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Panama 1989. Les États-Unis gouvernés par George W. Bush entament une intervention militaire au Panama pour déloger le dictateur Manuel Noriega, et faire revenir la démocratie et la stabilité dans le pays, soumis à des incidents et tensions liés au contrôle du canal, et au trafique international de stupéfiants. Le roman suit la vie de plusieurs personnages impliqués dans ce conflit dans des circonstances complétements différents, lors de l’invasion et les jours qui ont suivi.

Histoire d’une intervention militaire :

L’intervention militaire du Panama se déroula entre le 20 décembre de 1989 et le 31 janvier 1990, dix années avant que les États-Unis dussent rendre le contrôle du canal au gouvernement du Panama. Sous le nom de ‘Just cause’ (cause juste) les États-Unis souhaitaient finir avec la dictature de Manuel Noriega, justifiant l’invasion par les multiples violations du droits fondamentaux, manipulation des résultats électoraux, plusieurs incidents diplomatiques et agressions envers de citoyens nord-américains, des connivences avec le trafique internationale de drogue et la violation de la neutralité de la gestion du canal du Panama. Noriega avait été un ancien collaborateur des US (notamment dans le conflit nicaraguayen), et grosso modo il avait été appuyé à l’origine par Bush (alors à la CIA) et le même gouvernement américain qui souhaitera son éviction du pouvoir quelques années plus tard. L’intervention finit avec Noriega en prison aux US, la force de défense panaméenne dissoute et la restauration au Panama d’un gouvernement moins dictatorial mais également corrompu.

‘Cicatrices inutiles’ retrace cette intervention militaire des États-Unis au Panama en 1989, se centrant principalement sur l’impact de cet évènement sur les vies quotidiennes d’une série limitée des personnages : Un soldat américain qui participe à l’invasion, deux frères panaméens qui s’opposent de différente façon à l’invasion, un couple de citoyens touchés par le drame de la mort de leur enfant, une femme politicienne qui s’engage dans la reconstruction démocratique du pays après l’invasion, et même membres du gouvernement américain (Cheney, Bush, Powell…). Certains personnages sont réels mais la plupart sont le fruit de l’imagination de Morgan. Le récit revient plusieurs fois sur chaque personnage pour faire avancer la narration, créant un effet polyphonique, qui est sans doute le meilleur atout de ce roman, par ailleurs relativement simple et convenu.

Dans la première partie du livre on pourrait croire à une certaine connivence de l’auteur avec les États-Unis et une justification de l’intervention, on présente un Bush vraisemblablement très humain et rempli d’empathie, et Albert Calhoun, le soldat qui incarne les troupes américaines, comme à modèle de bienveillance et d’honneur. La population panaméenne semble soutenir l’invasion sans ambages et Noriega est un dictateur abject et corrompu. Mais petit à petit le roman présente certains éléments qui nuancent et élargissent ce point de vue initial. Derrière le roman et son titre, il y a l’idée d’une certaine inutilité de l’intervention militaire et un sentiment de gâchis complet.

Sans traduction connue pour l’instant, ce livre est une très bonne option (hélas seulement pour les lecteurs qui maitrisent l’espagnol) pour connaître un peu plus de l’histoire récente de l’Amérique centrale ou pour cocher la case Panama dans un challenge de lecture de tous les pays du monde. Autre cela, le roman est intéressant mais sans plus.


Citation :

« J’ai participé dans un gouvernement qui avait entre ses mains l’opportunité d’être grand et de faire des grandes choses pour le Panama. Très tôt j’ai compris cependant, que les gouvernements ne peuvent pas être plus grands que les hommes qui l’intègrent. » (Traduction improvisée)

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