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Littérature Amerique Brésil Jorge Amado Dona Flor et ses deux maris

Dona Flor et ses deux maris

Jorge Amado

(Dona Flor e Seus Dois Maridos : história moral e de amor, 1966)
Traduction :   Georgette Tavares-Bastos.   Langue d’origine : Portugais (Brésilien)
⭐⭐⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Salvador de Bahia, 1943. La belle et jeune Flor, professeur de cuisine, se trouve veuve le jour du carnaval. Son mari, Vadinho, est tombé raide mort sur le champ, en déguisement de bahianaise. Pendant que la jeune veuve fait le deuil de son mari, on remémore comment elle est tombée amoureuse du séduisant Vadinho, un vaurien imprévisible, hédoniste, incorrigible joueur, buveur et coureur des femmes, qui vit la nuit et disparaît le jour. Vadinho fait mener une vie difficile à l’honnête et digne Flor, mais est un amant fabuleux et inoubliable. Quelque temps après la mort de son mari, Dona Rosa commence à sentir la pression pour prendre un deuxième mari.

Feuilleton brésilien classe :

Avant tout, je recommande d’éviter de lire n’importe quelle critique sur ce roman (peut-être même pas celle-ci). Je ne sais pas pourquoi, toutes incluent des gros spoilers sur les évènements qui se déroulent dans les 100 dernières pages du livre. Et c’est un livre de presque 800 pages quand même ! J’ai eu la chance de lire ce livre sans connaître pas grand-chose de l’intrigue et je ne le regrette pas.

Donc, commentaire sans spoilers, autre ceux qui Jorge Amado nous fait lui-même. Car dès le premier chapitre on sait que Vadinho, le premier mari de Flor, meurt. Et, par le titre, on sait qu’elle va se marier à nouveau. Après ce premier chapitre qui décrit la veillé de son premier mari décédé, la temporalité va s’éclater et nous paralléliser la vie de Flor veuve, avec l’histoire du mariage de Flor et Vadinho. Cette temporalité changeante donne un sens profond à l’idée que le souvenir de Vadinho va persister après la mort.

Le contraste entre les deux maris est saisissant, ils sont opposés en tout. Le roman suit les conflits intérieurs de Flor, qui va naviguer justement entre les grosses différences qui les séparent. Mis à part les trois personnages principaux, qui sont très marqués et différenciés, le roman inclut toute une peuplée de personnages secondaires surprenants, souvent hauts en couleurs et toujours intéressants, comme la mère de Flor, l’odieuse Rozilda, ou Mirandão, le complice des excès de Vadinho.

Comme évoqué, le souvenir de Vadinho, personnage marquant dans la vie de Flor, sera présent même après sa mort. Elle remémorera les longues nuits à l’attendre, son caractère imprédictible, sa vitalité et joie infectieuse, ses colères quand perdait au jeu, la jalousie de le savoir sautant de lit en lit avec des femmes à la réputation douteuse… Mais surtout Flor restera marquée par ces nuits fabuleuses qui son mari lui offrait. Car malgré son côté gredin, Vadinho savait être tendre et attentionné pendant des longues nuits torrides qui comblaient Flor. En plus d’un amant passionné qui, à sa façon, aimait Flor, cet intenable coquin était un personnage généreux avec un cœur d’or.

Roman baroque, d’un insolent positivisme, qui aborde toute une multitude des thèmes : Le deuil d’un être cher, le caractère aléatoire de l’amour, pas toujours adressé à ce qui le mérite, la frustration du veuvage, les médisances et les mœurs de la société, les superstitions et même les Orixas. Mais sur ce fond de feuilleton brésilien, rempli de passions déchainées, d’érotisme flamboyant et de sentiments débordants, Amado nous livre, comme à thème principal, une fabuleuse réflexion sur la nature abstraite du désir.

C’est une longue fresque mais qui pourrait se lire d’un trait, tellement on est happé dans ses pages. C’est drôle, dingue, intelligent et merveilleusement bien écrit. Du génial Amado.


Citation :

« Si beau et si mâle, si expert dans le plaisir ! Une fois de plus les larmes envahirent les yeux de la jeune veuve. Elle essaya de ne pas penser à ce qu’elle se remémorait malgré elle et qui n’était pas convenable pour un jour de veillée funèbre. »

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