Littérature des 5 continents : AmériqueColombie

Douze contes vagabonds

Gabriel García Márquez*

(Doce cuentos peregrinos, 1992)
Traduction :  Annie Morvan.   Langue d’origine : Espagnol
⭐⭐⭐⭐

Ce que raconte ce recueil de nouvelles :

Recueil de douze contes, écrits par García Marquez par la plupart dans les années soixante-dix, gardés dans un tiroir, puis modifiés à plusieurs reprises le long des années jusqu’à la publication définitive en 1992. Toutes les histoires tournent autour des latino-américains qui vivent, voyagent ou s’exilent en Europe, se centrant sur le choc de cultures qui s’en suit.

Latino-américains en Europe :

Quelques années après recevoir son Prix Nobel, Gabriel García Márquez publia son dernier recueil de contes : ‘Douze contes vagabonds’, qui prend son titre des multiples vicissitudes subies par ces récits : abandons, reprises, réécritures, sélection… Sauf ‘La trace de ton sang dans la neige’ (El rastro de tu sangre en la nieve) et ‘L’été heureux de Mme Forbes’ (El verano Feliz de la señora Forbes) publiés indépendamment en 1976, le reste de récits a été remanié maintes fois, au point que Gabriel García Márquez, déclare dans l’introduction que ce recueil est peut-être celui qui se rapproche le plus de celui qu’il aurait voulu écrire.

Mais peut-être que mes favorites sont justement les deux publiées initialement. Dans ‘La trace de ton sang dans la neige’ une femme récemment marié commence à perdre beaucoup de sang du bout d’un doigt blessé, lors d’un voyage en plein hiver entre l’Espagne et la France, traversant des paysages enneigés. Arrivés à Paris, la femme est hospitalisée et face à la mécanique complexe de la bureaucratie hospitalière, l’homme n’arrive pas à trouver le moyen de lui rendre visite.

Dans ‘L’été heureux de Mme Forbes”, deux enfants passent un été à côté de la mer. Les parents absents, C’est Mme Forbes qui est chargé de les surveiller. Maïs très vite la sévérité et Les méthodes autoritaires de cette femme acariâtre vont agacer les deux enfants, surtout quand ils découvrent qu’elle est la première à enfreindre ses propres normes dès que les enfants sont couchés. L’univers de l’enfance est confronté à la sensibilité très étrange d’un adulte plein de contradictions.

Fascinante aussi “La sainte”, dans laquelle un homme voyage de Colombie à Rome avec une énorme malle contenant le cadavre intact de sa fille décédée onze années plutôt. Il se propose de voir le pape pour qualifier l’évènement de miracle et sa fille de sainte, mais le pontife n’a jamais trop de temps et la situation s’éternise.

Toutes les nouvelles sont intéressantes, et sont reliés par la thématique commune de l’expatrié latinoaméricain en Europe, en voyage ou en exil, et se déroulent dans des villes que l’auteur connait bien pour y avoir vécu ou séjourné, comme Barcelone, Paris ou Rome. Certaines restent plus réalistes tandis que d’autres penchent vers le réalisme magique classique de son auteur, mais toutes seront protagonisés par des personnages en décalage avec l’endroit où il se trouvent, et seront poussés par l’imagination fertile et débordante de l’auteur.

Attention, certains lecteurs peuvent être choqués par la vision désinvolte de la prostitution, présente dans certains de ces récits. Le personnage de la prostituée heureuse est habituel chez Gabriel García Márquez, qui n’a jamais été précisément un féministe renommé. Malgré cela, c’est indéniable que les personnages féminins sont très travaillés, profonds, et riches en nuances.

Bref, encore une exhibition fabuleuse du talent intarissable du maître colombien.


Citation :

« Tous les deux étaient conscients d’avoir si peu des choses en commun que jamais ils ne ressentaient plus la solitude que lorsqu’ils étaient ensemble, mais aucun des deux n’avait osé mettre à mal le charme de l’habitude. Ils eurent besoin d’une émotion nationale pour se rendre compte, les deux à la fois, d’à quel point ils s’étaient haïs, et avec autant de tendresse, pendant tellement d’années. » (Traduction improvisée)

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