(Dune, 1965)
Traduction : Michel Demuth. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Le souverain de l’imperium galactique impose un gros changement dans la maison qui gère la planète Arrakis. Les Harkonnen doivent quitter les lieux car désormais c’est la maison Atreides qui hérite la gestion de la planète désertique. Arrakis, aussi appelé Dune, possède une unique mais énorme richesse, c’est le seul endroit de la galaxie où se récolte l’épice, clé de la longévité, de la prescience et des voyages stellaires, et objet de toutes les convoitises. L’arrivée de Leto Atreides, de sa femme Dame Jessica des Bene Gesserit et de leur fils Paul va immédiatement créer de tensions, un vaste et sombre complot intergalactique se cerne sur Dune. Paul va essayer de trouver appui chez les indomptables Fremen, le peuple des sables.
La planète des sables :
Dune est un des grands classiques de la SF, ce qui est dû en grande partie à l’incroyable talent de son auteur pour le world-building. Ce complexe univers qui a clairement influencé Star Wars et d’autres épopées galactiques, va bien au-delà de la classique lutte du bien contre le mal. Les implications géopolitiques, philosophiques et religieuses de l’œuvre et la complexité des interactions entre planètes, maisons et castes méritent bien sa réputation. Rien de vraiment originale, mais l’ensemble est richissime et agencé avec une sensibilité et solidité exceptionnelles. L’attention au petit détail est saisissante, par exemple Paul a été élevé par sa mère dans la tradition des Bene Gesserit, un ordre matriarcal à caractère politique formée par des femmes qui maîtrisent certaines capacités psychiques. Leur univers de traditions et coutumes est petit à petit dévoilé, et chaque geste et chaque objet est décrypté et s’y niche parfaitement dans l’univers.
Mais ce ne sont pas des histoires de sorcières et magiciens, c’est vraiment un monde à part, foisonnant, étrange et régit par ses propres lois. Les mentats, les fremens, les navigateurs de la Gilde, les guerriers Sardaukar, tant et tant de tribus et groupes sociaux, chacun avec son idiosyncrasie, son histoire, ses intrigues et ses codes. Cette capacité à créer de zéro un univers crédible, dense et solide est sans doute le plus grand atout du livre.
Toutes les intrigues et ambitions se croisent dans la planète de sables, personnage à part entière, territoire hostile et dangereux, où, autre l’épice, l’eau est le bien le plus précieux. Arrakis est habitée par les Shai-Hulud, des vers de terre absolument colossales, qui font que la vie sur la planète devienne difficile, mais qui au même temps détiennent la clé de cet univers. Comme pour les aspects sociologiques, politiques et religieux, la lecture écologique du roman est très nuancée et en rien simpliste. Petit bémol pour une certaine homophobie subjacente dans le texte.
‘Dune’ (1965) eut droit à 5 suites écrites par Herbert lui-même : ‘Le Messie de Dune’ (1969), ‘Les Enfants de Dune’ (1976), ‘L’Empereur-Dieu de Dune’ (1981), ‘Les Hérétiques de Dune’ (1984) et ‘La Maison des mères’ (1985).
Plusieurs adaptations cinématographiques ont attaqué ce gros pavé, avec des résultats disparates. La plus loufoque fut la première, dans les années 70, censée être réalisé par Alejandro Jodorovsky avec des designs de Jean Giraud ‘Moebius’, projet qui n’arriva jamais à se concrétiser. Il sera retracé beaucoup plus tard dans le documentaire ‘Jodorowsky’s Dune’ (2013). David Lynch signa en 1984 son adaptation, un échec commercial duquel il reniera plus tard. La plus fidèle est la série de 2000, qui péchait sans doute de manque de vigueur cinématographique et peut-être des moyens. La dernière version de 2021 et sa suite ‘Dune 2’ de 2024, réalisés par Dennis Villeneuve, même si simplifiaient un chouia trop la complexité politique de l’univers, illustraient avec brio narratif les enjeux du livre, poussant le côté sonore et visuel grâce à des sonorités envoutantes et à des images d’une époustouflante beauté.
Citation :
« Tu apprendras à connaître les plaines funèbres, les déserts absolument vides, les vastes étendues où rien ne vit à l’exception des vers de sable et de l’épice. Tu en viendras à ternir tes pupilles pour atténuer l’éclat du soleil. Le moindre creux à l’abri du vent et des regards te sera un refuge. Et tu te déplaceras sur tes jambes, sans véhicule ni monture. »








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