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Littérature Amerique Chili Carla Guelfenbein Être à distance

Être à distance

Carla Guelfenbein

(Contigo en la distancia, 2015)
Traduction :   Claude Bleton.   Langue d’origine : Espagnol
⭐⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Vera Sigall, écrivaine de 80 ans, est retrouvée par son voisin, le jeune Daniel, en bas des escaliers du bâtiment, blessée et inconsciente. Même si tout pointe à une chute accidentelle, Daniel a des doutes. Vera restera en coma à l’hôpital, lorsque Daniel la rend visite il rencontrera la jeune et timide Emilia, qui écrit une thèse sur les ouvres de Vera Sigall et les influences croisées dans l’œuvre du poète Horacio Infante, ancien amant de l’écrivaine. Les histoires de ces quatre personnages vont s’entremêler.

Mystères et secrets autour d’une écrivaine en coma :

‘Être dans la distance’, absurde traduction de ‘Contigo en la distancia’, prend comme à figure pivotale l’écrivaine Vera Sigall, sa vie, son œuvre, et le mystère de son accident. Vera sera façonnée sur le modèle de l’écrivaine brésilienne Clarice Lispector. Malgré ce rôle central, la présence de Vera dans le récit sera rapportée toujours de façon indirecte par un des trois narrateurs. Chapitre à chapitre, trois points de vue vont s’alterner, tous à la première personne.

Daniel, le jeune voisin et ami sera le seul qui adresse son récit directement à Vera, donc à la deuxième personne. Il va se concentrer sur le mystère de la chute de Vera, l’enquête qui s’ensuit, les problèmes dans son mariage, et puis son amitié avec Emilia, jeune étudiante atteinte d’un traumatisme qui complique toutes ses relations. Le récit de Emilia va compléter celui de Daniel, en rajoutant des données clés sur les liens qui s’établissent entre l’œuvre de Vera Sigall et celle de Horacio Infante. Horacio Infante sera le dernier de nos trois narrateurs à prendre les règnes de la narration. Son récit sera le seul qui nous mènera vers le passé, cinquante ans auparavant, lorsque lui et Vera Sigall furent amants et partagèrent leur passion commune pour la littérature.

Les thèmes et les personnages sont intéressants et la structure et le mécanisme narratif sont très efficaces. Guelfenbein déroule son intrigue de façon très bien rythmée, dévoilant petit à petit les mystères et les secrets autour de Vera Sigall. Tandis que la relation entre Emilia et Daniel sera un peu plus marquée par des liens communs, celle entre Horacio et Vera sera plus intéressante et complexe. À déplorer l’utilisation de certains personnages (Le mari de Vera, Teresa, Jérôme, le SDF…), comme à simples plot-devices (ressorts narratifs), sans que sa présence ait d’autre justification que faire avancer l’intrigue, motiver une action ou justifier un rebondissement.

Malgré cela, le style est simple et beau, et le récit se tient merveilleusement bien tout le long. Probablement son meilleur atout est cette solide structure en triple narration. Lecture facile et très agréable.


Citation :

« Par la première fois je comprenais un des personnages de Vera, quand un jour il découvre que la complication de parler sied dans le fait qu’on doit utiliser des paroles. » (Traduction improvisée)

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