(There there, 2018)
Traduction : Stéphane Roques. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Le grand rassemblement Pow-pow d’Oakland s’approche. Dans ce festival culturel, les expositions, les conférences et les danses traditionnelles vont célébrer la culture amérindienne. Un ensemble hétéroclite de douze personnages urbains et modernes de différents bords et sensibilités, souvent marginalisés et en proie au mal-être, se préparent pour assister à l’évènement, l’occasion de s’interroger sur leur identité amérindienne.
Identité amérindienne :
Tommy Orange, écrivain cheyenne et arapaho, propose dans ce très beau roman une image plus moderne et réaliste de l’amérindien, le présentant comme quelqu’un de plus urbain et sophistiqué, beaucoup moins intéressé aux ancêtres, aux tipis et aux guerriers des montagnes, auxquelles il a souvent été associé. Pour autant, les clichés de la marginalisation, la drogue, l’abrutissement et l’alcool ne sont pas du tout évités, on sera en plein dedans tout le long du livre. Les personnages sont presque tous traumatisés par ce passé dur et complexe, dérivé du génocide perpétré contre les peuples autochtones, que l’auteur nos rappelle dans un premier chapitre introductoire, peut-être un peu poussif mais sans doute nécessaire pour pouvoir développer après les thèmes du roman.
Avec une vocation didactique à la fois que réaliste, Tommy Orange tisse un portrait douloureux de la situation des peuples amérindiens, utilisant comme à véhicule narratif, une douzaine des personnages qui prennent les règnes de la narration à tour de rôle à chaque chapitre. Toujours en perpétuel quête de soi, ces personnages sont souvent dans la détresse. Il y a des histoires d’abandon, d’adoption, de haine, des familles dysfonctionnelles, de misère économique, et de violence quotidienne. Certains personnages seront plus lumineux que d’autres, et à l’approche du festival Pow-pow, leurs doutes et troubles vont s’exacerber.
Dès premiers chapitres Tommy Orange assume totalement le foreshadowing, quelque chose de terrible qui s’approche. Dès le début on sait qu’il y a des personnages que trafiquent avec des drogues et qui ont fabriqué des revolvers avec des imprimantes 3D, ajoutant une voile incertaine et sombre à la progression narrative du roman. La construction du récit suit une structure spirale, récupérant les personnages à fur et à mesure qu’on converge vers le Festival Pow-pow, évènement central qui va les relier.
Malgré la liste des personnages qu’on trouve au début du roman, j’ai eu souvent du mal à suivre et me rappeler de tous les personnages du livre, surtout que je ne trouvais pas les caractères extraordinairement marqués ni différents. L’auteur semble à mon sens plus intéressé à montrer la communauté dans son ensemble, que à développer les individualités.
Le ton mélancolique et triste peut aussi décourager certains lecteurs, mais le roman propose une réflexion très intelligente sur l’identité, la relève générationnelle, et l’affranchissement des traumatismes du passé. Le roman prend son titre (‘There there’ dans l’original) d’une phrase de Gertrude Stein (« There is no there there »), qui fait référence au déracinement provoqué par le retour à l’endroit où on a grandi, mais qu’on ne reconnait plus. Pour la plupart des amérindiens, leur pays d’origine n’existe plus. Ici n’est plus ici.
Citations :
« Tout est nouveau et voué à l’échec. On conduit des bus, des trains et des voitures, à travers, sur et sous des plaines de béton. Être indien n’a jamais consisté au retour à la terre. La terre est partout ou nulle part. » (Traduction improvisée)
« C’est possible que nous soyons poursuivis par ce qui nous essayons le plus d’éviter, parce qu’on lui prête trop d’attention avec notre préoccupation ? » (Traduction improvisée)








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