Inventaire non académique de romans du monde publiés depuis 1800, sans spoilers

Littérature des 5 continents : AmériquePorto Rico (États-Unis)

La Charca

Manuel Zeno-Gandía

(La charca, 1894)
Traduction :   Pas connue.   Langue d’origine : Espagnol
⭐⭐⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Dans un village de montagne qui domine les plantations de café, le système exploite les travailleurs depuis des générations, provocant la misère et la déchéance morale. Dans cette ambiance difficile de violence et de corruption, la jeune Silvina, même si amoureuse de Ciro, sera obligée de se marier avec le vieux Gaspar, pour pouvoir subvenir aux besoins de la famille.

Zola dans la société rurale du Porto Rico :

‘La charca’, classique porto-ricain par excellence, est une très belle surprise littéraire. C’est un roman relativement méconnu, malheureusement pas traduit à ma connaissance en français, mais qui est cependant très riche, solide et prenant, principalement par son intrigue foisonnante pleine de rebondissements, et son inoubliable ensemble de personnages. C’est un roman totalement naturaliste, dans la lignée de Zola, dans lequel les personnages ne sont jamais complètement gentils ni complètement méchants, mais plutôt des êtres humains remplis de faiblesses.

Comme dans ‘La terre’ de Zola, l’action du roman est le résultat de instincts et des pulsions des personnages. Leurs caractères et états d’âme seront le moteur de leurs drames et mésaventures. Du pur character driven. Comme chez Zola, le ton n’est pas du tout moralisateur, Zeno-Gandía ne se positionne jamais face aux dilemmes, il laisse les personnages sombrer dans leur propre déchéance sans jamais les juger. L’ambigüité morale domine le récit. Même si le roman à un style beau mais très classique, le traitement des thèmes et le positionnement éthique sont résolument modernes. Comme du bon vieux Zola transposé aux Caraïbes. Même si les différences entre classes vertèbrent le roman, l’écrivain ne prend non plus partie pour une classe ou une autre. Certains riches seront odieux, comme l’usurier Andujar, d’autres seront avenants, comme le propriétaire Juan del Salto, qui regarde ses travailleurs avec bienveillance. Coté misérable on trouve une répartition similaire, certains pauvres, comme Deblàs ou Gaspar, seront abjectes, tandis que d’autres, comme le jeune Ciro ou la douce Silvina, seront plus lumineux.

ce roman choral, peuplé par une bonne douzaine de personnages principaux, se détachent quelques portraits merveilleux, qui nous aident à construire une radiographie complète de la société rurale du Porto Rico de la deuxième moitié du XIXe siècle, avec ses espoirs, ses déceptions, ses rêves et ses tragédies.

‘La charca’ peux se traduire par la mare, métaphore sans doute de la corruption morale dans l’île, évoquée par l’image de cette eau étanche, qui ne pouvant plus circuler ni évoluer, finit par provoquer son propre pourrissement. Une belle et magnifique surprise littéraire.


Citation :

« Le secret d’une vie ignorée, d’une existence méconnue, d’une âme triste (…) le secret d’un poème de misère, d’une victime immolée par le crime, par ce terrible crime qui se commet sans en être conscient de sa consommation. » (Traduction improvisée)

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