(Cat on a hot tin roof, 1955)
Traduction : Pierre Laville. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte cette pièce de théâtre :
Dans la chambre à coucher de Brick et Maggie, leur mariage se délite à petit feu, entre l’alcoolisme de Brick et son incapacité à maintenir relations avec la jeune femme depuis la disparition de Skipper, le meilleur ami de Brick et selon les ouï-dire, son amant. Le couple est invité chez les parents de Brick pour fêter les 65 ans du patriarche, riche propriétaire d’une plantation, et atteint d’un cancer dont il est le seul à ignorer le pronostique fatal. Maggie restera isolée face à la cruauté de sa belle-famille, qui lui jette toute la faute du manque d’enfants de Brick, tandis que la famille se déchire autour du futur héritage.
Huis-clos de haut voltige avec famille dysfonctionnelle qui se déchire :
Comme d’habitude chez Williams, cette pièce brille par un étude psychologique poussé des diverses personnalités, qui seront toujours le moteur du drame et de l’action. Ce huis-clos se déroule dans la chambre à coucher de Brick et Maggie dans la maison de famille, autour du lit du couple, qui sera présent pendant toute la pièce pour évoquer la stérilité du mariage et représenter cette espace où Brick et Maggie n’arrivent pas à se trouver.
En rapport avec ses précédentes œuvres, ici Williams aborde de façon beaucoup plus directe la question de l’homosexualité, bien sûr sans la mentionner directement à aucun moment. L’homosexualité était scandaleuse à l’époque, notamment dans une famille bourgeoise des années 50 dans l’Amérique profonde. Tandis que le portrait de Brick reste renfermé et opaque, l’auteur aborde avec une tendresse remarquable le personnage de Maggie. Délaissé par un mari qu’elle continue à aimer malgré tout, la jeune femme se trouve piégée dans cette situation irrésoluble. La chatte sur le toit brûlant utilisera toutes les armes de séduction possibles pour sauver son mariage, mais au-delà de l’homosexualité, Brick est trop marqué par la mort de son amant Skipper comme pour donner à Maggie ce qu’elle voudrait. Le drame du mariage avec un homosexuel refoulé est décrit ici avec beaucoup de perspicacité et finesse.
Autre le thème de l’homosexualité, Williams aborde les sujets de la famille dysfonctionnelle, du paraitre, de l’argent et l’appât du gain, dans une pièce complexe et riche, mais totalement maitrisée. Autour du patriarche tous les coups sont permis et chaque membre de la famille semble avancer ses pions dans la guerre qui s’approche, lorsque les histoires d’héritage se dessinent à l’horizon, enterrant le patriarche à son insu bien avant qu’il meure. Dans cette ambiance électrique et viscéral, classique des pièces de Williams, la jeune Maggie a très peu des chances de survie.
‘La Chatte sur un toit brûlant’ fut adaptée au cinéma par Richard Brooks en 1958, avec Paul Neman (Brick) et Elizabeth Taylor (Maggie), avec un succès considérable même si, pour passer la censure hollywoodienne, le film dût couper toutes les allusions à l’homosexualité du personnage de Brick, pourtant le thème central, résultant en un film peu solide, édulcoré et partiellement raté en tant qu’adaptation de l’œuvre de Williams. Malheureusement, la popularité du film semble avoir impacté la perception de la pièce elle-même et c’est bien dommage, car l’œuvre originale est beaucoup plus riche que le film. Malgré des magnifiques interprétations, la version cinématographique reste quelque part en surface des thèmes proposés. Sans surprise, Williams lui-même semblait détester le film.
Le succès de ‘La ménagerie de verre’ à New York en 1945 permit à Williams d’entamer une brillante carrière de dramaturge, enchainant tout un ensemble de inoubliables pièces de théâtre : ‘Un tramway nommé Désir’ (1947) ‘La Rose tatouée’ (1950), ‘La Chatte sur un toit brûlant’ (1955), ‘Soudain l’été dernier’ (1958), ‘Doux Oiseau de la jeunesse’ (1959), ‘La Nuit de l’iguane’ (1961). Magnifiques études sur le côté sombre du rêve américain, mettant la lumière sur des personnages solitaires et désemparés, incapables de s’adapter à la société ou à son entourage, losers sans rédemption possible.
Citations :
« On est plus solitaire avec un homme qu’on aime et qui ne vous aime pas que si l’on vit toute seule. »
« Je ne vois que toi. Même les yeux fermés, c’est toi que je vois. Oh ! deviens laid, Brick, je t’en prie, laid, gros, difforme, ce que tu voudras, mais fais quelque chose pour m’aider. »
« Je ne suis plus sensible. Je n’ai plus les moyens de m’offrir une sensibilité. »








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