(A confederacy of dunces, 1980)
Traduction : Jean-Pierre Carasso. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Nouvelle-Orléans, 1963. Ignatius J. Reilly, érudit spécialiste de la littérature du moyen âge, vit chez sa maman, qui lui fatigue autre mesure mais qui s’occupe de tout, lui permettant de vivre dans le confort. Dans son journal de bord, l’hypocondriaque, égocentré et misogyne Ignatius consigne ses idées sur le monde et la société : Il déteste absolument tout le monde et méprise particulièrement les temps modernes, décadents par sa misère intellectuel et moral.
Misanthrope odieux qui déteste tout :
‘La conjuration des imbéciles’ est bien la preuve qu’on n’a pas besoin de s’identifier avec le protagoniste de nos lectures pour apprécier un roman. Rien ne laissait présager qu’un récit protagonisé par un homme réac, insupportable, disgracieux et obèse, qui déteste et méprise tout le monde, une vraie tête à claques, pourrait trôner dans un phénomène littéraire internationale. Loin de provoquer l’indigestion, ces ingrédients composent une satire comique désopilante, fraiche et franchement drôle. Car derrière la hargne et le mépris d’Ignatius il y a tout simplement une critique très intelligente de l’absurde et l’étroitesse d’esprit de l’être humain en général, cette conjuration des imbéciles du titre.
Dans ses cahiers, Ignatius consigne sa vie, ses pensées, et ses aventures absolument délirantes, qui le placent totalement en décalage avec la société moderne qui l’entoure. Dans les mots d’Elif Shafak : « Si Don Quichotte avait été jeté en pleine Nouvelle-Orléans contemporaine, voilà ce qu’il serait devenu : un hypocondriaque, mélancolique, une catastrophe ambulante, un philosophe improbable dans un monde où peu goûtent l’abstraction. Avec ses manières gauches, ses pantalons de tweed et son inexcusable manque de tact. Pesant et éléphantesque, il ne trouve pas sa place dans le contexte social. »
Le succès colossal et fulgurant qui accompagna ce livre posthume, Prix Pullitzer 1981 à l’appui, est une des histoires les plus touchantes et remarquables du monde de l’édition littéraire, car ce roman, l’unique écrit par Kennedy Toole dans sa maturité, fut publié onze années après la mort de l’écrivain. Effectivement, le regard acéré et sans pitié qui portait sur la société américaine des années 60 fit qu’aucune maison d’édition ne voulut risquer la publication. Lasse d’essuyer de refus, Kennedy Toole, convaincu d’avoir écrit un chef d’œuvre, sombra dans la dépression et le mal-être, jusqu’à mettre fin à ses jours en 1969, à seulement 31 années d’âge. Sa mère Thelma repris le flambeau et après des années d’infatigable recherche, elle finit pour rencontrer Walker Percy, un écrivain qui s’éprit de ce livre singulier et réussit à le faire éditer par l’université de l’État de Louisiane.
L’humour cynique et le vitriole dominent totalement la lecture, dans une narration qui a clairement beaucoup d’autobiographique. Tandis que Ignatius pourrait être un alter ego de Kennedy Toole, la mère dévouée mais détestée d’Ignatius pourrait facilement s’assimiler à la propre mère de l’écrivain.
Citations :
« Décidé à ne fréquenter que mes égaux, je ne fréquente bien évidemment personne puisque je suis sans égal. »
« Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on le peut reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui. »
« (…) le pays dans son ensemble n’a pas de contact avec la réalité. On tient là une seulement des raisons pour lesquelles j’ai toujours été contraint d’exister à la lisière de sa société, consigné dans le limbe réservé à ceux qui savent reconnaître la réalité quand ils la rencontrent. »








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