(La mano en la tierra, 1952)
Traduction : Pas connue. Langue d’origine : Espagnol
⭐⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte cette nouvelle :
Terrassé dans son lit de mort, le vieil conquistador Don Blas remémore sa vie tandis qu’il jette un dernier regard par la fenêtre à ce paysage si différent de celui de son enfance. Ursula, sa femme indigène, leur fille Cecilia et son mari Velazco, assistent au dénouement avec la résignation et la discrétion de tout un peuple.
Le conquistador et la mort :
Ce puissant récit du conquistador espagnol que, à l’article de la mort, à des milliers de kilomètres de sa terre natal, remémore sa vie et ses erreurs après quatre décennies d’exil, est écrit avec une lucidité remarquable. Un ton crépusculaire et nostalgique baigne le récit tout le long de ses pages, pour exprimer autant la distance de sa terre d’origine que la vitesse avec laquelle le temps s’est écroulé : « Qué lejos todo eso. Y qué de prisa pasó para él tan largo camino » (Traduction improvisée : « Combien c’est loin tout cela. Et à quelle vitesse s’écoula pour lui un si long chemin »).
Pour ceux qui connaissent peu l’espagnol, la lecture de ce court récit peut s’avérer difficile par les modismes locaux utilisés par l’écrivaine et par une certaine complexité lexicale, mais dans tous les cas le lecteur sensible devrait s’émerveiller par le caractère absolument sublime de la prose. C’est riche en métaphores, et l’utilisation des mots simples dans un contexte évocateur est de toute justesse. Un vrai régal pour les amateurs de la langue espagnole.
Malheureusement, à ma connaissance, on ne dispose pas d’une traduction française de ce texte ni d’aucun autre de cette écrivaine remarquable, pionnière du combat par l’égalité de sexes au Paraguay. ‘La mano en al tierra’ (1952) est accompagnée dans son édition paraguayenne par d’autres courts récits comme ‘Sisé’ (1953), ou le superbe ‘Curuzú la novia’ (1958), ce dernier critiquant sans ambages la violence de genre. La difficile situation de la femme, et notamment de la femme pauvre, victime des abus et des vexations dans la société patriarcale et classiste du Paraguay du début du siècle XXe, est le thème de prédilection de cette autrice singulière. Josefina Plá s’éloigna de toute idée du réalisme magique défendue par son collègue Roa Bastos entre autres, pour s’attacher au realismo crítico, qui proposait une vision plus réelle et pessimiste de la société.
Josefina Plá naquit aux îles Canaries en Espagne, mais après son mariage avec le paraguayen Andrés Campos, le jeune couple s’installa au Paraguay où elle se démarqua par sa poésie, ses essais, ses nouvelles et ses pièces de théâtre. Elle devint très vite un personnage incontournable de la scène intellectuelle paraguayenne, centrant ses écrits sur la critique social et sur la situation de la femme. Superbe écrivaine.
Certains de ces écrits, dont la nouvelle ‘La mano en la tierra’, sont disponibles en sa version originale espagnole ici, sur le portail guarani dédié à la culture paraguayenne.
Citations :
« Combien de fois dans ces quarante années Blas de Lemos avait pensé à suivre le chemin qui montraient unanimes les jacinthes d’eaux !… Mais il ne se décida jamais à décoller les pieds de cette terre rouge et tiède qui aveugle de ses lueurs et séduit de sa mansuétude. Terre tellement différente des sèches et austères où il était né. -Il y a combien de temps ? Soixante-dix, soixante-quinze ans ? … Il a perdu le compte, puisqu’ici sont autres les étoiles et s’applique un autre calendrier de récoltes et déceptions. »
« Cette terre-là, la sienne, était terre austère, avare de sourires, mais féconde et obéissante. Celle-ci est prodige et molle en apparence, mais pure indiscipline… » (Traductions improvisées)








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