(The glass menangerie, 1944)
Traduction : Isabelle Famchon. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte cette pièce de théâtre :
Tom rêve de fuir l’univers familial dans lequel il se sent oppressé et sans futur, pour vadrouiller le monde et écrire des poèmes. Tom est tiraillé entre sa mère Amanda, femme possessive dévorée par des regrets de sa jeunesse perdue, et sa sœur Laura, jeune fille fragile, névrosée et légèrement handicapée, qui se renferme sur elle-même et sur sa ménagerie de verre. Le père les ayant abandonnés, la mère freine une fois et une autre toutes les aspirations de liberté de Tom, et lui rappelle sans cesse ses devoirs moraux envers la famille, au même temps qu’elle essaie désespérément de trouver un fiancé pour sa fille, ce qui pourrait leur sortir de l’impasse.
Cage de verre :
Superbe pièce de Williams centré sur le dilemme moral du protagoniste, traumatisé par l’abandon du père, mais poussé lui-même à abandonner sa famille à son tour pour assouvir ses rêves. La fragilité de la sœur du protagoniste-narrateur, est incarnée dans cette ménagerie de verre, ce qui ne cesserait de rappeler à Tom, qu’il doit sacrifier sa liberté. La cage dans laquelle vit Tom n’est pas faite en métal, c’est tout le contraire, Tom est prisonnier de ses obligations morales, car le moindre pas qu’il prendrait vers la liberté pourrait faire éclater en miettes ce précaire équilibre.
Dans la deuxième partie de la pièce, Amanda a invité un jeune homme, qu’elle voit comme un potentiel fiancé de sa fille. Cet homme gentil mais banale ne fera que souligner la fragilité de l’écosystème familial. Ces quatre personnages incarnent différentes façons d’approcher la dure société américaine du début des années 40. Ce sont des portraits incroyablement vivants et réels, aimés par l’écrivain malgré tous ses défauts, ou peut-être justement à cause d’eux. ‘La ménagerie de verre’ est une œuvre sobre et subtile, écrite avec finesse, et imprégnée d’une mélancolie irrésistible.
Cette première pièce de son auteur a un fort composant autobiographique, les deux personnages féminins s’inspireraient de sa mère et sa sœur, et les rêves du personnage de Tom seraient des reflets des propres rêves de Williams de devenir écrivain se libérant de la tyrannie de la vie morne et gris qui l’attendait.
‘La ménagerie de verre’ fit ses débuts à Chicago en 1944 puis à New York en 1945, et son succès permit à Williams de continuer sa carrière de dramaturge, qui se confirma deux ans plus tard avec ‘Un tramway nommé Désir’, mise en scène par Elia Kazan avec un jeune Marlon Brando dans le rôle principal. Et il s’en suivit tout un ensemble de inoubliables pièces de théâtre : ‘La Rose tatouée’ (1950), ‘La Chatte sur un toit brûlant’ (1955), ‘Soudain l’été dernier’ (1958), ‘Doux Oiseau de la jeunesse’ (1959), ‘La Nuit de l’iguane’ (1961). Magnifiques études sur le côté sombre du rêve américain, mettant la lumière sur des personnages solitaires et désemparés, incapables de s’adapter à la société ou à son entourage, losers sans rédemption possible.
Paul Newman adapta ‘La ménagerie de verre’ en 1987, dans un film pas forcément brillant cinématographiquement parlant, mais qu’illustrait la beauté de la pièce de façon remarquable, grâce à un cast formidable qui incluait John Malkovich dans le rôle de Tom, Karen Allen dans celui de Laura, et Joanne Woodward dans celui d’Amanda Wingfield.
Citation :
« Tu es le seul jeune homme que je connaisse qui refuse de voir que le futur devient le présent, le présent le passé, et le passé l’objet de regrets éternels si on n’a pas su le prévoir ! »








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