(The humain stain, 2000)
Traduction : Josée Kamoun. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
États-Unis, 1998, en plein dans le scandale ‘Monica Lewinsky’. Coleman Silk, un vieil homme en colère, ex doyen d’université, demande de l’aide à l’écrivain-journaliste Nathan Zuckerman pour rédiger l’histoire de sa chute. Accusé de racisme vis-à-vis de deux étudiants, Silk avait refusé de se daigner à répondre. Les conséquences seront désastreuses : Scandale au campus, éviction de son poste de doyen de l’université d’Athena sous forme d’une retraite anticipée, et aussi un conflit avec son épouse, qui subira les conséquences de ce calvaire médiatique.
Zuckerman ne participera pas du projet, mais plus tard il entrecoupera toutes les informations qu’il trouvera sur Silk, pour reconstituer cette dernière partie de sa vie. La narration retourne au passé ou on découvre les incroyables secrets de Silk.
Chasse aux sorcières à l’université :
Magnifique roman, porté par une profonde et intéressante réflexion sur le racisme et sur le poids des secrets et du passé. L’intrigue se base sur un fait réel arrivé à un ami de Roth, Melvin Tumin, victime des accusations de racisme vis-à-vis de deux élèves, absents dans ses cours, auxquels il se serait référé comme « spooks » (fantômes) par ses continuelles absences. Sauf que les étudiants étaient afro-américains et le terme à un double sens péjoratif, qu’ils ont profité pour faire éclater le scandale et crier au racisme. C’est le même point de départ de l’histoire de Silk, sauf qu’ici on va l’agrémenter du lourd secret qui se cache dans le passé de Silk.
Je ne vais pas spoiler, même si très vite on voit de quoi il s’agit. Silk choisira de ne pas réagir contre cette cabale absurde, outré par la stupidité de l’évènement. Mais cet entêtement risque de tout compliquer, car l’affaire vire en chasse aux sorcières, et son entourage n’arrivera pas à comprendre son stoïcisme face à l’accusation.
Un féroce critique de l’hypocrisie et l’attitude double et moralisatrice de l’institution universitaire, dans lequel le débat autour du racisme prend la part belle, mais aussi les apparences et la lutte de classes. Avec peu d’action mais décortiquée de tous les points de vue (avant, après et pendant chaque action), et son style sobre et solide, Roth nous offre un portrait touchant d’un homme qui a essayé de regarder toujours vers l’avenir, mais qu’un incident au départ banal, le propulse dans les eaux troubles de son passé.
Citation :
« Ce que nous savons, hors clichés, c’est que personne ne sait rien. On ne peut rien savoir. Même les choses que l’on sait, on ne les sait pas. Les intentions, les mobiles, la logique interne, le sens des actes ? C’est stupéfiant, ce que nous ne savons pas. Et plus stupéfiant encore, ce qui passe pour savoir. »








0 Comments