(The catcher in the rye, 1961)
Traduction : Bernard Willerval. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Holden Caulfield est un adolescent de 17 ans, renvoyé de l’internat de son lycée juste avant les vacances de Noël. Il décide de ne pas rentrer directement chez ses parents et prend le train pour New-York. Il passera trois jours dans la ville, à trainer sans destin, boire, danser, visiter un musée, regarder les canards dans le parc, dans une solitude glaçante, sans envie ni objectif. Il invitera une prostituée dans son hôtel sordide, mais rien ne se passera comme prévu. L’adolescent Holden se morfond dans une crise psychologique, dégouté de tout et tous.
Crise d’ado en errance à New-York :
Fasciné par son style et ces personnages hors du commun, j’avais lu tout Salinger dans mon adolescence. 30 ans après, je voulais me rapprocher de ce travail qui souvent est qualifié comme daté ou dévoué du sens pour le lecteur adulte, et à ma surprise, je me suis retrouvé avec la même sensation que à la première lecture. C’est un travail fascinant, très originale et à mon sens magistrale.
C’est suggéré très discrètement dans la narration que Holden a quelques soucis indéterminés de santé mentale, peut-être dus à un évènement traumatique, et la dépression et l’idée du suicide planent le long de l’œuvre. Mais mis à part cela, on est devant une fabuleuse description d’une crise d’adolescence, avec tout ce qui va avec. Holden Caulfield s’exprime à la première personne, donc on a un accès direct à la pensée d’un adolescent dans toute sa splendeur. Cet anti-héros moderne trouve absolument tout le monde superficiel et nul. Il est dégouté de tout et ne sait plus quoi faire de sa vie, tout est toujours la faute aux autres, qui sont toujours bêtes, moches, pas cools et/ou peu intelligents. Il va décrypter tout son entourage d’un point de vue négatif, sans aucun élan positif. Les parents d’adolescents reconnaîtront bien le personnage. Mais il ne faudrait pas rester sur ce premier dégrée de la narration, car la dépression de Holden est bien réelle, même si elle sera mentionnée de façon discrète dans le livre, comme si lui-même ne veuille pas s’attarder à en parler.
Holden est très bien décrit dès les premiers paragraphes. Le style est frappant, les dialogues sont crus et directes avec un langage banalisé, familier et peu raffiné. Ses réflexions sont très réalistes pour un adolescent de son âge. Tout ce qu’on retient de cette errance dans la grande ville est la profonde solitude du personnage, en claire détresse psychologique. Holden est tiraillé entre la vie d’adulte qui s’annonce nulle et pas drôle, à laquelle n’a aucune envie d’accéder, et l’enfance dont il n’arrive pas à faire le deuil, tel un Peter Pan cynique. Logiquement, les seuls personnages positifs sont les enfants, dont sa sœur Phoebe, à laquelle il va rendre une visite clandestine.
Je suis heureux d’avoir pu lire ‘L’attrape-cœurs’ deux fois, sans la pression qu’il y a autour de ce roman aux États-Unis, autant à l’époque de sa sortie, où il avait été censuré, comme maintenant, où, après des années de lecture obligée dans les lycées, il est parfois décrié comme victime de son époque. J’aime bien pouvoir lire ‘L’attrape-cœurs’ sans tous ces à priori, j’ai l’impression que les américains n’ont plus une tête objective quand il s’agit de ce roman.
Si vous aimez le style décousu et impressionniste de cet auteur unique, vous allez adorer ce chef d’œuvre.
Citation :
« Les gens qui pleurent à s’en fondre les yeux en regardant un film à la guimauve, neuf fois sur dix ils ont pas de cœur. Sans rire. »








0 Comments