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Littérature des 5 continents : AmériqueColombie

Le Bruit des choses qui tombent

Juan Gabriel Vásquez

(El ruido de las cosas al caer, 2011)
Traduction :   Isabelle Gugnon.   Langue d’origine : Espagnol
⭐⭐⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Bogotá, années 90. Le jeune avocat Antonio Yammara exerce de professeur de droit. Dans un bar de la ville où on joue au billard, Antonio fait la connaissance de Ricardo Laverde, un ancien pilote, homme énigmatique et réservé, mais affable. Après quelques rencontres amicales, Antonio apprend que Ricardo a passé vingt ans en prison, et il garde l’espoir du retour de sa femme, la nordaméricaine Elena, qui doit le rendre visite à Noël. Mais plusieurs événements traumatiques vont empêcher les retrouvailles de Ricardo et Elena. Victime collatérale d’une agression violente, Antonio ne s’en remettra jamais vraiment, jusqu’à qu’il comprenne que la clé de l’apaisement se trouve peut-être dans le mystérieux passé de Ricardo Laverde.

Reconstruction de la mémoire et apaisement des traumatismes :

C’est une belle surprise ce magnifique roman, très riche en éléments, personnages, évènements, et sauts dans le temps, mais qui ne tombe jamais dans le plot driven, les personnages restant toujours le moteur de l’action, au-dessus de l’intrigue. Avec un début détonnant qui raconte la fuite d’un hippopotame du zoo abandonné tenu jadis par le magnat de la drogue Pablo Escobar, le ton est vite donné pour cette narration où s’emboîtent plusieurs lignes dramatiques, brillamment mélangées avec des évènements réels, comme les années de la violencia, la terreur du cartel de Medellin, et la guérilla des FARC, ainsi comme le crash du chasseur Curtiss P36 Hawk lors d’une exhibition aérienne à Bogotá en 1938, et l’attentat de Cali, en décembre 1995.

Malgré que le roman soit assez foisonnant, le sujet est relativement ciblé : La quête de l’apaisement après un traumatisme. Pour pouvoir aller de l’avant, la plupart des personnages devront faire face à des secrets irrésolus et aux conséquences des évènements tragiques. Pour ce faire, il faudra se pencher dans le passé avec tout son lot de mystères et déceptions. Yammara cherche à comprendre le passé de Ricardo, Ricardo cherche à comprendre le destin de sa femme, et sa fille Maya cherche à comprendre le pourquoi d’autant de questions sans réponse. Je reste vague car je ne veux pas spoiler d’avantage, mais c’est avec une main de maître que Gabriel Vásquez nous fait naviguer parmi tous ses personnages en quête de réponses, à la recherche des clés qui leur manquent pour assouvir la paix.

Tous ces éléments s’emboîtent les uns sur les autres dans un brillant jeu littéraire de reconstruction de la mémoire, un fascinant puzzle autour du personnage de Ricardo Laverde. Véritable âme et noyau de l’émotion du roman, Ricardo parlera peu, et sera presque toujours absent du récit, souvent référé indirectement. Le personnage gardera tout son pouvoir de fascination même quand les énigmes seront résolues et les pièces du puzzle seront emboîtées. Certains personnages, comme Ana, l’amant du protagoniste, auraient mérité un peu plus de développement, mais la plupart des personnages sont exceptionnellement bien travaillés.

Prix Afaguara 2011, ‘Le bruit des choses qui tombent’ est un magnifique et intelligent roman, nostalgique et évocateur à souhait, écrit par un auteur totalement à suivre.


Citation :

« Nul ne sait à quoi sert le souvenir, s’il s’agit d’un exercice profitable ou qui peut se révéler néfaste, ni en quoi l’évocation du passé peut changer ce que l’on a vécu. »

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