(The plot against America, 2006)
Traduction : Josée Kamoun. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
On est dans une réalité historique alternative, aux États-Unis en 1940. Roosevelt n’a pas été réélu et l’aviateur Charles Lindbergh s’est fait élire dans une campagne très axée sur la haine des juifs et le rejet à participer à la guerre en Europe. Libdbergh, sympathisant des nazis, scellera un pacte avec Hitler qui va mener l’Amérique doucement mais surement vers l’antisémitisme et le fascisme.
Le narrateur, un jeune enfant juif appelé Philip Roth, vit dans Weequahic, le quartier juif de New Jersey. Sa vie insouciante sera bouleversée par les évènements qui secoueront le pays.
La silencieuse montée du fascisme et les mécanismes de la peur :
Moitié souvenirs d’enfance (du propre écrivain), moitié mise en garde contre les dérives de la démocratie, ce magnifique roman réfléchit à la possibilité d’arriver à un régime anti-démocratique grâce à la démocratie elle-même, par la mise en place des mécanismes de la peur, qui vont déclencher les votes nécessaires. Ce récit uchronique mélange des faits historiques avec d’autres imaginaires. L’axe de la divergence historique serait le résultat différent de l’élection présidentiel de 1940, ici remporté par Lindbergh, mais, dans la réalité, remporté aisément par Roosevelt. La candidature de Lindbergh ne se produisit jamais, mais ses discours antisémites eurent bien lieu dans la réalité.
Roman très classe, narré avec brillance et intelligence, dans lequel Roth réussi l’exploit de montrer cette montée progressive mais silencieuse, presque imperceptible, de la bête immonde qui est le fascisme. On voit clairement cette pente inéluctable sur laquelle la civilisation commence à sombrer, mais on comprend pourquoi les personnages ne réagissent pas. Car cela se fait pas à pas, petit à petit, paralysant la capacité de réaction de la société. La lecture de ce roman permet de comprendre que les dictatures peuvent s’imposer sans explosions de violence ni des bains de sang, mais plutôt en douceur. Un jour on se réveille et c’est trop tard, le fascisme est déjà là. C’est une mise en garde aussi effrayante que réaliste.
Tous ces évènements et ce futur alternatif avec l’Amérique en proie au fascisme, sont décrits par un homme âgé (Roth lui-même), qui est en train de remémorer son enfance, avec le recul qui donne les années de distance avec les faits. Philip, ce jeune enfant juif qui découvre le sombre monde des adultes, sera témoin en première ligne de la nouvelle réalité social et de la face la plus funeste des États-Unis.
Fiction inquiétante, sans énormément d’action (comme souvent chez Roth), mais avec un talent singulier pour l’analyse social et psychologique profond. Le roman fut adapté dans une brillante mini-série de télévision en 2020 avec Winona Ryder, Zoe Kazan et John Turturro.
Citation :
« C’était la première fois que je voyais mon père pleurer. C’est un tournant, dans une enfance, le jour où les larmes de quelqu’un d’autre vous paraissent plus insupportables que les vôtres. »








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