(Kôd yanm, 1986)
Traduction : Gerry L’Étang. Langue d’origine : Créole
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
1950, Nord de la Martinique. Rosalien Saint- Victor s’est enrichi avec les parties des dés et les combats de coqs. Le gouverneur des dés est ainsi devenu le seigneur, le ‘major’ de la population noire de la région, Rosalien distribue son temps entre sa femme et ses enfants, ses multiples maîtresses et ses multiples enfants, même si ce qu’il préfère c’est ses coqs de combat.
Goujat sympa ? :
Écrit en créole, un des charmes de ‘Le gouverneur des dés’ est sans doute la récréation de l’atmosphère très vivante de la Martinique des années 50 et 60, remplie de personnages hauts-en-couleur, de situations cocasses, de conflits invraisemblables et beaucoup d’humour pittoresque. Malgré quelques bonds en avant et en arrière dans le temps et un certain chaos narratif, en réalité le récit se suit très facilement et est en plus très entertaining.
Par contre le personnage principal risque de froisser certains lecteurs et j’avoue hausser un peu les sourcils devant la vision très bienveillante que l’écrivain pose sur ce charmeur invétéré, plutôt goujat, et presque polygame. Rosalien, le gouverneur des dés, a bâti autour de lui une complexe organisation que, grâce aux voyages dérivés de ses occupations, lui permet de se partager entre les femmes de son harem, les rendant visite à tour de rôle à des intervalles réguliers, engendrant au fur des années, une belle ribambelle d’enfants. Cette espèce de manège polygamique est totalement assumée, le roman ne se propose à aucun moment de montrer la souffrance que cette situation pourrait causer chez sa femme et/ou ses maîtresses, au contraire cela ne crée le moindre émoi.
Les personnages féminins acceptent tout ou presque et, en tout cas, sont beaucoup moins bien construits, existant presque exclusivement en relation au mâle. Les séquences finales du roman que je ne spoilerai pas, rattrapent un peu ce sexisme désinvolte, mais cela risque d’être trop tard pour certains lecteurs. C’est vraiment dommage car, mis à part ce gros hic, le roman est quand même très beau, très bien écrit, et se lit très facilement. Plus intéressant que le rapport entre les sexes, sera sans doute la vision du monde post esclavagisme du récit, le contraste entre la vie des noirs et des békés, et en général l’ambiance nostalgique de cette Martinique vouée à disparaître. De ce côté-là, le charme bon enfant de ‘Le gouverneur des dés’ opère facilement.
Citation :
« Le major en fut abasourdi. Il regarda les deux bougresses, qui souriaient et papotaient en toute décontraction, et réprima un énorme juron. »








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