(The great Santini, 1976)
Traduction : Éric Chédaille. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Caroline du Sud, années 60. Ben Meecham et un jeune de dix-huit ans, très marqué par le tempérament autoritaire de son père : Bull Meecham, dit ‘Le Grand Santini’. C’est un homme à l’ancienne, héros militaire de renom, porteur de valeurs très catholiques et conservateurs. Bull gère sa famille comme s’ils étaient à l’armée, avec beaucoup de rigueur jusqu’au point de devenir violent et odieux, notamment lors de ses épisodes alcooliques. Bull est un tyran. Toujours admirative de son mari malgré tout, sa femme Lilian n’arrive pas à contrebalancer l’ambiance crée par cet être sévère et sec, et peine à garder calme la maison. Leurs quatre enfants en paient les frais même s’ils ne peuvent pas s’empêcher d’aimer cet homme charismatique. L’ainé Ben devra faire face à ce géniteur terrible s’il veut avoir une chance de trouver son chemin.
Tuer le père :
À travers ce drame familial, l’américain Pat Conroy fait son règlement de comptes avec son propre père, appelé aussi ‘le grand Santini’, qui était aussi pilote de chasse comme le Santini du livre. Pas de doute donc, la base de cette histoire est sans doute très autobiographique. Sa publication en 1976 ébranla d’avantage la famille Conroy et fit rentrer l’écrivain dans une phase dépressive très compliquée, qui aboutit dans son divorce.
Même si à travers les pages on sent l’amour de l’écrivain par son pays, les États-Unis, une critique très acerbe des mœurs américains, ramène inlassablement le côté sombre de l’american-dream à la narration.
Car dans la petite ville de Ravenel, où séjourne une partie de l’armée américaine, une vision unidimensionnelle et ultraconservatrice de la morale domine. Dans cet univers impitoyable, le racisme et le sexisme sont de partout. On se moque des noirs, la femme n’est qu’un être soumis à la volonté masculine, et le fils est écrasé sans ménagements sous l’autorité du père. Ben, tiraillé entre l’amour et la haine de son géniteur, aura du mal à franchir le pas et défier ‘Le grand Santini’.
Ce très beau premier roman de Conroy baigne dans un ton nostalgique irrésistible, qui mélange violence et tendresse, et brille par l’impeccable travail de caractérisation des personnages à travers les dialogues, une des marques de fabrique de cet écrivain. Conroy était un auteur relativement méconnu ailleurs les États-Unis, jusqu’à que le film basé sur son livre ‘Le prince des marées’, réalisé par Barbra Streisand en 1991, lui rapporta la popularité et la renommée internationales. En 2014, deux années avant sa mort, Conroy publia ‘The Death of Santini’, un livre de non fiction totalement autobiographique cette fois, dans lequel il réglait à nouveau ses comptes tout en approfondissait sur son vécu, sa famille et la figure de ce père redoutable et odieux.
Citation :
« Si ça ne vous plait pas c’est pareil, parce que je ne vous demande pas votre avis. Je vous mets au courant, un point c’est tout. »








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