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Littérature des 5 continents : AmériquePérou

Les caïds

Mario Vargas Llosa*

(Les jefes, 1959)
Traduction :   Sylvie Léger, Bernard Sesé.   Langue d’origine : Espagnol
⭐⭐⭐

Ce que raconte ce recueil de nouvelles :

Recueil de six nouvelles écrites par Vargas Llosa au début de sa carrière, centrées sur les concepts de la virilité, l’affrontement et la violence quotidienne. Dans ‘Les caïds’, nouvelle qui donne titre au recueil, un groupe d’étudiants essaie de bloquer l’entrée au lycée comme à mesure de pression pour obtenir les horaires des examens, et imposer leur volonté face à l’autoritarisme de l’établissement. La rébellion des garçons prend une tournure de plus en plus complexe et difficile.

Combats de mâles alpha :

Nouvelles de jeunesse du prix Nobel péruvien, dans lesquelles on aperçoit déjà les sujets et inquiétudes qui vont structurer toute son œuvre. Le masculin et la virilité, la discipline et la violence de l’autorité sont toujours présents dans ses écrits, et cela peut s’expliquer comme à résultat de l’enfance de l’écrivain avec un père absent puis tyrannique, des abus sexuels perpétrés par un religieux responsable du collège, et par son instruction dans un internat militaire connu par la sévérité de son éducation. Vargas Llosa utilisera ces expériences comme à base narrative pour plusieurs de ses œuvres : La première nouvelle de ce recueil, ‘Les caïds’ semble en quelque sorte une étude préparatoire pour ‘La ville et les chiens’, premier roman de l’auteur, qui se déroule presque intégralement dans un établissement scolaire militaire.

À travers ces combats de coqs, ces multiples duels et affrontements, ces nouvelles de Vargas LLosa proposent une profonde réflexion sociologique sur ce qui est la masculinité, les idées reçues sur la virilité, et la pression exercée sur les jeunes hommes pour affirmer et maintenir leur status en tant qu’individus de sexe masculin. Vargas Llosa utilise souvent la comparaison entre l’homme et l’animal, quelque part on se croirait dans un documentaire sur la faune, où deux mâles alpha se battent pour avoir le droit de féconder la femelle. C’est le sujet de base de ma nouvelle favorite du recueil, ‘Un dimanche’, où deux garçons se battent jusqu’au bout de leur forces dans un concours de nage pour impressionner Flora, la fille désirée par tous les deux.

Plus accessibles que d’autres œuvres postérieures du prix Nobel, ces nouvelles, même si belles, intéressantes et superbement écrites, restent des œuvres mineures dans le fabuleux ensemble littéraire du génie péruvien. En tant que court récit, préférez sans doute la nouvelle ‘Les chiots’ (1967), écrite une dizaine d’années plus tard, beaucoup plus ambitieuse autant à niveau thématique comme stylistique. D’ailleurs, certaines éditions de ‘Les chiots’ incluent, en guise de complément, la nouvelle ‘Les caïds’ qui donne titre au recueil qui nous occupe ici.


Citation :

« No me volví a mirarlo. Sus ojos oblicuos estarían despidiendo fuego y violencia. »

(« Je ne me suis pas retourné pour le regarder. Ses jeux obliques projetteraient du feu et de la violence. » Traduction improvisée)

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