(The Aspern Papers, 1888)
Traduction : Jean Pavans. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Notre narrateur, un jeune critique littéraire, écrit un livre sur le poète anglais Jeffrey Aspern et entreprend de rendre visite à Miss Bordereau, celle qui fut jadis le grand amour de l’auteur. On dit qu’elle pourrait être en possession de certains manuscrits inédits du poète. Miss Bordereau est maintenant une vieille dame qui habite avec sa nièce, Tina, dans un palais vénitien, et la visite du jeune homme risque de mettre en péril son fragile équilibre.
Huit-clos vénitien :
La plupart de ce récit se déroule dans un palazzo vénitien délabré, où les tensions se multiplient justement par l’atmosphère décadente, énigmatique et enfermé du lieu. Entre les deux dames Bordereau et le jeune ambitieux s’établit un étrange duel aux dimensions psychologiques marqués. Narré à la première personne par un narrateur qui n’a aucune limite morale qui puisse le freiner dans sa quête de toute lettre ou manuscrit du poète, le livre décrit un étrange combat dans lequel le mensonge, la flatterie, la séduction et la corruption du jeune homme vont s’affronter à la volonté de fer des deux dames et leur château inexpugnable.
Car le palais où Juliana Bordereau garde tous ses secrets (et peut-être ces convoités inédits du poète), prend la forme d’une forteresse infranchissable, qui lui permet de résister aux attaques du jeune critique, de plus en plus sûr de tenir une histoire qui pourrait faire du bruit et lancer définitivement sa carrière. Dans ce récit envoutant, la remembrance d’un passé révolu lorsque Juliana et Aspern vécurent leur amour, teint le récit d’un voile de nostalgie.
Mystérieux, trouble et par moments étrange, ‘Les papiers de Jeffrey Aspern’ est un court roman qui se lit très facilement, porté par le suspense de son intrigue et la profondeur psychologique des portraits du trio central. Attention, comme d’habitude chez le plus anglais des écrivains américains, le roman apporte plus des questions que des réponses aux énigmes de l’intrigue. C’est quand même du très bon et très accessible James.
Citation :
« (…) et je travaillais et attendais et rêvais et espérais, tandis que les heures dorées s’écoulaient, et que les plantes buvaient la lumière, et que le vieux palais insondable pâlissait pour bientôt devenir rouge dans le jour mourant, et que mes papiers bruissaient sous la brise capricieuse de l’Adriatique. »








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