(The grapes of wrath, 1939)
Traduction : Maurice-Edgar Coindreau. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Oklahoma, Années 30. Tom Joad sort de prison et trouve sa famille dans des beaux draps. Leur ferme est perdue en proie des banques et la ruine est totale. Les Joad devront partir vers l’Ouest pour essayer un nouveau départ. Le rêve californien sera de trouver du travail pour pouvoir souvenir aux besoins de la famille. Le long de la route 66, sur sa camionnette de fortune, chargés des maigres possessions qui restent, les Joad affronteront mille vicissitudes, en s’accrochant à l’espoir et au rêve d’une vie meilleur.
Le rêve d’une vie meilleur :
On est chez Steinbeck, le grand pessimiste, l’espoir et le rêve ne dure jamais trop longtemps, on montre toujours le côté sombre du American dream. C’est un portrait très réaliste de la grande dépression, où on donne la voix aux misérables, aux laissés par compte et à tous ceux qui peinent pour survivre.
Les inégalités sociales, thème récurrent dans l’œuvre de Steinbeck, est sans doute le sujet principal ici. On est dans une critique acerbe et une dénonciation sans appel de la place misérable réservée aux laissés par compte de la société, de la cupidité des banques et la manque d’empathie vers les pauvres. Les Joad sont une famille parmi d’autres. Après la crise de 1929, les routes sont bondées des hommes en quête de travail, et ceux qui embauchent vont profiter pour baisser les salaires. C’est l’exploitation. La misère des uns fait le profit des autres. La main d’œuvre sera payée de moins en moins, condamnant à la misère autant ceux qui trouvent de travail comme ceux qui ne trouvent pas.
Dans ce roman, on peut aussi faire une lecture universelle sur le sujet de l’immigration, et de tous ces rêves qui se cassent à l’arrivée à destination lorsque la société montre son visage le plus injuste et sévère. Les habitants de l’Oklahoma sont craints et marginalisés en Californie (Voir citation plus bas), et cela permet à Steinbeck de porter une réflexion poussée sur les conflits crées dans l’accueil des populations déplacées, quel qu’ils soient les origines des immigrés.
Ma Joad, la matriarche, est probablement le personnage le plus marquant du roman, symbole de la mère dévouée américaine, qui s’acharne pour garder l’unité de la famille malgré la détresse, la faim et la misère qui les entoure. Mais toute une série de portraits magistrales prend vie devant nous yeux, dans un ensemble fabuleux de personnages qui représentent tous les côtés de cette Amérique en quête d’espoir.
John Ford, réalisa la version cinématographique, seulement un an après la sortie du livre, avec un immense Henry Fonda comme protagoniste. Le film remporta un oscar pour Ford et un autre pour l’actrice Jane Darwell (Ma Joad), et il est porté par la fabuleuse et triste photographie du grand Greg Tolland. Le film se concentre sur la partie californienne du roman, la partie road-movie est malheureusement l’objet d’une ellipse dans le film. On ne peut pas condenser un bouquin d’une telle taille dans un film de deux heures, mais le travail est quand même remarquable.
Sans spoiler, la beauté du roman prend toute sa force dans la toute dernière page du roman. C’est une œuvre dure, qui ne ménage pas le lecteur, une claque. C’est triste, crasseux et dépriment, mais c’est réel et émouvant. Le plus sublime Steinbeck.
Citation :
« Les propriétaires tremblaient pour leurs biens. Des hommes qui n’avaient jamais connu la faim la voyait dans les yeux des autres. Des hommes qui n’avaient jamais eu grand-chose à désirer voyaient le désir brûler dans les regards de la misère. Et pour se défendre, les citoyens s’unissaient aux habitants de la riche contrée environnante et ils avaient soin de mettre le bon droit de leur côté en se répétant qu’ils étaient bons et que les envahisseurs étaient mauvais comme tout homme doit le faire avant de se battre. Ils disaient : ces damnés Okies sont crasseux et ignorants. Ce sont des dégénérés, des obsédés sexuels. Ces sacrés bons dieux d’Okies sont des voleurs. Tout leur est bon. Ils n’ont pas le sens de la propriété.
Et cette dernière assertion était vraie, car comment un homme qui ne possède rien pourrait-il comprendre les angoisses des propriétaires ? »








0 Comments